30 septembre 2012

Affaire classée

On m'a donné un classeur. J'ai toujours rêvé secrètement d'en avoir un. Papiers éparpillés? Depuis cet après-midi, tous classés dans le classeur honoré. J'avais l'impression que ça prenait des mètres cubes de mon appartement et en fin de compte, ça remplit à peine la moitié d'un tiroir. Ça m'a fait faire un beau ménage plein d'émotions. Des cartes de Noël de grand-mère, des vieilles photos, une lettre d'amour. J'ai hésité avant de la relire, puis j'ai pensé que je me lasserais au bout de quelques paragraphes. Mais non, avec le temps qui a passé depuis et l'insensibilité qui m'a gagnée face à ces mots, je réalise tout à coup la beauté de cette lettre. Je n'en voyais que l'intensité troublante, la promesse épeurante, et maintenant que le dilemme a cessé de me tracasser, j'apprécie ses qualités littéraires et esthétiques.

Et je pense, c'est bien dommage parfois que les gens soient autre chose sur papier que sur trottoir, mettons. 

24 septembre 2012

Tabou

On s'embrasse et dans ma tête, comme une comptine que je ne me donne pas le droit de chanter tout haut. Je me retiens et me tais en regardant tes yeux ni bruns ni bleus ni verts et tout à coup, paf! Je t'aime. C'est comme une caresse violente, une claque presque, je sais pas quoi dire, j'ose pas répondre. On dirait que je te crois pas, ça peut comme pas être vrai. J'ai été trop entrainée à le répéter en silence, juste pour moi, à le ressentir sans le dire, comme un gros tabou qui éclate tout à coup. Je t'aime. Quoi? Tu as dû recevoir un grand coup sur la tête. T'es fou. Tu capotes. Et là tu réponds "je capote sur toi". Arrête de le dire. J'ai peur encore.

19 septembre 2012

Mirage

Et tout à coup je comprends.


Tu es tout ce que j'ai reproché aux autres de n'être pas.


S'il te plait, reste.





17 septembre 2012

Toute seule chez lui

C'est comme si être moi suffisait enfin. Moi naturelle, moi sans efforts, moi entièrement.
Et j'ai envie de me laisser tomber amoureuse.
Parce qu'il prendrait pas ses jambes à son cou. Parce qu'on pourrait dire nous.

Mais j'ai peur de n'avoir pas changé tant que ça. J'ai peur de ne pas tolérer le bonheur plus longtemps qu'avant. Et si on s'aime, et si être moi suffit, et si la simplicité nous transporte comme ça quelques mois ou quelques années même? Est-ce qu'on aura encore autant de difficulté à se quitter le matin? Sa peau sera-t-elle encore aussi douce et la couleur de ses yeux aussi surprenante? Est-ce qu'il me trouvera belle encore à chaque seconde?
Et sinon, il restera quoi?

J'ai peur qu'on s'aime tellement qu'on oublie pourquoi et comment s'aimer. J'ai peur de la sécurité qui nous réduit au confort, puis à la paresse.


J'ai peur de la routine qui rend tout même l'amour acquis.

14 septembre 2012

Laval, ville automobile

Laval est une ville conçue pour les automobiles. Elle représente tout à fait ce que Mille Milles entendait dans son raisonnement sur l’homme et l’automobile. Laval est une ville pour hommilistes.

En sortant de la station Montmorency, pour rejoindre le boulevard de l’avenir, tous les piétons qui ont compris que le chemin le plus court entre deux points est la ligne droite traversent le champ en diagonal. Le gazon a cessé de pousser par endroits, un sentier naturel s’est dessiné en travers de l’espace vague et chaque matin les mots de Mille Milles traversent mon esprit. Laval s’est créée pour un futur où les hommes et les femmes ne marcheraient plus.

Au début de la semaine, j’ai pensé qu’elle avait enfin compris sa bêtise. Toute la couenne dégarnie a été retirée, le sentier naturel est devenu chemin de terre travaillé par une machine. J’ai pensé : bientôt on aura un sentier pavé décoré de fleurs et d’arbres que tout le monde empruntera sans gêne. Laval admet enfin l’existence des piétons!

Puis, cette salope a engagé une douzaine d’hommes en pantalons bleus pour dérouler sur le nouveau chemin de terre de belles grandes galettes de gazon d’un vert inquiétant. Ce matin tous à l’ouvrage, tantôt les piétons par dizaines retrouveront leur habituel itinéraire, et bientôt nous aurons un nouveau sentier tapé.

À moins que Laval décide finalement de clôturer ce terrain aussi laid qu’inutile? On ne peut pas vraiment espérer mieux d’elle.


11 septembre 2012

Je n'écris plus

Presque 20h.
La vaisselle est faite.
Je suis prête pour demain.
Tu ne viendras pas ici ce soir, cette nuit non plus.
J'ai envie d'aller me coucher tout de suite.
En plus, mon lit a changé d'odeur.
Tu me manques déjà, c'est pas normal.
J'ai préparé le café pour demain.
J'essaie de travailler mais mes données sont comme un champ de bataille et ça sent fort la charogne dans mon cadre théorique.
Je dirai ça à ma directrice jeudi.
Demain soir, les parents, de loin, tous en grands rangs dans la cafétéria.
Une armée assise.
Il fait noir de plus en plus tôt et clair de plus en plus tard.
Mais ça sent bon.
Je bois un cidre et je m'ennuie de toi mon ami que je peux appeler juste pour jaser avant de dormir.
Comment ça va? C'est trop dur, conjuguer les vies, tu trouves pas? Sais-tu si le p'tit a revu la fille qui a le même nom que moi? Pis Omi, il a tu encore maigri?
Je m'ennuie tellement de nous.
Mais il y a de moins en moins de place pour la nostalgie dans ma vie, on dirait.
Maman dirait bravo.
Papa y comprendrait que dalle.
J'ai tu changé tant que ça?
On dirait une adulte.
Hein?
Ok j'hallucine peut-être.
Je suis déjà en retard pour renouveler mon permis de conduire.
En plus mes élèves pensent que horizontal ça s'écrit sans h.

09 septembre 2012

Étais-tu sérieux quand tu parlais de tomber amoureux?


Et soudain après l'orage violent est arrivé l'automne.
Puis revenu le soleil.

J'aurais voulu que tu puisses ne pas partir.
Qu'on se le dise à deux.

Il n'y a pas de lumière plus belle que celle de septembre.



02 septembre 2012

Quand même le temps n'y peut rien...