31 mai 2012

Défilé

Parce que dans la vie, il faut aussi savoir faire le deuil de gens encore vivants.

29 mai 2012

Qu'aurait-on pu espérer?

Ça a pris une bonne heure avant que je réalise qu'il n'était pas là... alors qu'il avait promis.
Ça m'a serré le coeur deux, trois secondes, puis je me suis dit bof, tsé, sa parole...


Je pense que c'était la dernière fois qu'il me décevait.


Ok bye.

Maman à Montréal, ou Noël en mai

Elle a laissé ma clef dans ma boite aux lettres, comme convenu. Mais elle l'avait emballée dans un papier que je n'avais pas chez moi, un papier pour les fleurs? Elle m'a apporté un nouveau bouquet? Pourtant les lilas et les iris ramenés de la maison étaient encore beaux ce matin... 

Sur le comptoir, les fleurs mauves sont encore là, avec l'autre clef et un petit mot pour s'excuser de n'avoir pas eu le temps de laver mes fenêtres. Mais mon lit est (bien) fait et Lion est assis tout droit sur un oreiller, une boite de mouchoirs super doux (j'ai attrapé un rhume) entre les pattes, et sous le carton, un "bonne nuit!" 
À côté de mon lit, deux gigantesques tableaux, avec épais de peinture dessus, comme c'est pas possible, plein de orange, un peu abimés mais... Où est-ce qu'elle a bien pu trouver ça!?! 

Mon panier à fruits déborde, et sur le couvercle de mon portable, un petit coeur, "Je t'aime! Je suis tellement fière!" 
Et oh! Près de la fenêtre, une orchidée tout en fleurs. Comment je vais faire pour la garder belle? Il parait que c'est super difficile. 
Au pied de la porte, sur le balcon, un plan de persil et un autre de basilic pour compléter mon panier. 

Ben voyons! 
Est-ce qu'il y a autre chose encore que je n'ai pas vu? Je suis convaincue que oui. C'est comme une chasse au trésor, et mon intuition me mène sous le lavabo.
Sur le couvercle de mon bac à compost, des coquilles d'oeufs, avec un mot! "Est-ce que tes amis gluants mangent ça aussi?" Hahaha!

Je suis presque mal à l'aise. Je m'attendais bien à retrouver des petits mots d'amour partout pour les 3 prochains jours... Mais tout ça? Voyons donc. 

Si on me demande encore où c'est que j'ai trouvé mon intensité, je vais juste répondre: ma mère.

27 mai 2012

J'aurais jamais pensé un jour trainer dans mon sac une casserole

J'ai conservé nos morceaux de cuillères éclatées à force de frapper, ramassés sur la route en riant fort. Tu m'as dit: "oh oui, je garde ton morceau, tu gardes le mien!" et j'ai dit "ok je te le donne plus tard, là il est dans le fond de mon sac" en pensant "on est tellement pareilles, collectionneuses de cochonneries symboliques".

On a continué à frapper plus fort encore avec ce qu'il nous restait de cuillères.
As-tu remarqué qu'elles ont toutes les deux perdu le même morceaux? Le droit?
Ok, je sais, on l'a dit déjà, je suis un cas désespéré qui voit des signes partout, tout le temps, dans tout.


Ce que je voulais dire c'est qu'avec toi, je la ferais n'importe quand, la révolution. 

25 mai 2012

Réplique

"Remarque, il n'y a aucun chiffre. Juste des idées."

Pour moi c'était comme la phrase la plus triste au monde, j'aurais voulu lui dire que c'était justement toute la beauté de la chose, que la vie sans chiffre et pleine d'idées serait bien meilleure, mais il m'aurait juste traitée de hippie encore... et je suis pu capable.

12 mai 2012

Ça sent tellement bon dans ma ruelle


L'air frais de la nuit après une journée d'été.
Les pommiers, les lilas, les arbres en fleurs.
La terre, le béton, l'asphalte mouillés.
La pluie.


L'impression soulageante que la vie, des fois, pourrait se limiter à ça.
À ce vent léger qui fait tourbillonner toutes ces odeurs qui, à un endroit précis de la ruelle, se rencontrent, avec toi au centre.
Et la vie qui dit: tiens! juste pour toi qui es là pile au bon moment.

Perspectives

L'envie de crier, à une heure du matin, une envie confuse nourrie de futilités. De sa main sur son épaule. De la veine qui se tortille sur son front. D'un "toi aussi" qui te fait sentir cheap. D'une sangria trop pleine de glace. D'un lit vide, pour toujours on dirait.

Et tout à coup, un courriel de mon frère. Il est pas couché? Ben non, un peu pompette, il m'écrit que chaque jour depuis mai, il croise ma face sur le calendrier (cadeau traditionnel de Noël de maman), celle qu'on a prise au mariage d'Annie, où tout le monde a une belle face de photo sauf moi qui avais compris qu'on faisait les fous. Et lui, qui m'écrit que c'est ma face qui fait toute la photo, ma face!

Et finie, l'envie de crier, bof, pourquoi crier. Y'a des raisons d'aller dormir serein, y'en a plein.

06 mai 2012

Vérité automatique

Écriture automatique d’une heure presque, à vomir mes tripes sur mon clavier, à essayer de faire la part de la vie et de la fiction, la fiction et la vie qui dans ma tête se mélangent comme du quick dans du lait. J’ai bu trop de vin toute seule et tapé trop de mots en me disant que c’était du pur génie, surtout les bouts où je me traitais d’imbécile. Et cette impression terrible de n’être qu’un échec même en comptant sur mes doigts les réussites. Cette conviction que réussir seule c’est échouer de toute façon.

Les dimanches soirs sont tellement destructeurs. L’esprit clair, je retrouverai peut-être dans cette heure de diarrhée verbale des idées fécondes.

05 mai 2012

C'est peut-être une maladie

Mes amours les plus intenses sont ceux que je m'invente complètement.

03 mai 2012

Ces belles choses qui arrivent en arts plastiques

Le menton sur la poitrine, elle est un peu tournée vers les fenêtres, comme pour cacher ce qu'elle fait sur son ventre avec ses mains. Ça semble beaucoup la préoccuper.

- Felicia, ça va?

Elle sursaute, me regarde avec de grands yeux qui ont peur.

- Je me suis salie.
- Ah oui? Montre.

En soupirant, elle ouvre les mains. Petite tache verte sur sa blouse blanche.

- Ah c'est pas grave, c'est juste du pastel, ça va partir au lavage. Mais là, qu'est-ce que tu faisais?

Dans sa main, un pastel blanc. Elle s'était dit qu'en passant avec du blanc sur la tache verte, elle nettoierait sa blouse.

C'est fou, les jeunes, les idées qu'ils ont des fois pour régler un problème sans avoir à en parler à qui que ce soit.

02 mai 2012

Thérapie de groupe

28 avril 2012
En route vers Montréal

"Je ne sais pas d'où leur est venu le sujet. Ils parlaient de moi sans m'inclure à la conversation, comme si je n'avais pas été juste à côté. Papa, à propos de l'annonce de mon diabète, disait: "Elle, tu la regardes, elle vit bien avec ça, mais moi, je le prenais pas, oh non, je le prenais vraiment pas."
J'ai eu envie de crier tellement ça m'insultait qu'il se permette d'affirmer que je vis bien avec ça, mais je me la suis fermée parce que c'était la première fois, je crois, que je les entendais parler de la façon dont ils avaient vécu ça. Alors j'ai écouté, et lentement en dedans de moi c'est comme si tout s'était figé en une espèce de colère qui m'éloignait doucement des autres.
Tout le monde compatissait, comprenant comme naturellement le malheur pour un parent d'avoir un enfant malade.

Puis, papa a raconté à ma soeur qu'après l'annonce de la maladie, elle s'est mise à avoir des comportements étranges. Elle avait 6 ans et demi, à l'époque. C'est un soir en la bordant qu'il lui a dit qu'elle "n'avait pas besoin d'être malade pour qu'on s'occupe d'elle et qu'on l'aime".
Moi j'avais jamais eu connaissance de ça. J'essayais de me rappeler... Ma soeur s'est mise à pleurer et je me disais que je devrais aussi pleurer. Je la voyais comme si elle avait été très loin, je réalisais la peine qu'elle avait eue et qu'elle porte sans doute encore, mais ça me ramenait juste à ma propre douleur, et tout ça, c'était comme la confirmation que personne nulle part n'avait jamais compris.

Tout à coup j'ai recommencé à exister, papa m'a demandé ce que j'en pensais. J'avais juste de la colère et j'ai dit: "ben... je me sens mal d'être diabétique. Faut tu que je m'excuse?"
Ça a fait comme si j'avais rien dit du tout, ou bien j'ai complètement oublié leur réponse, parce que Phil a lâché un gros soupir et qu'il est venu me serrer fort dans ses bras. Vraiment fort. Pour me consoler, on aurait dit, et il s'excusait de trouver les propos de mon père révoltants. Ça me faisait rien, j'avais l'impression que c'était moi qui le consolais, lui, plus ému que moi, moi convaincue que de toute façon personne nulle part ne comprenait.

Puis, ma soeur s'est levée en s'essuyant les yeux et elle est venue me prendre dans ses bras. Elle aussi, on aurait dit qu'elle venait pour me consoler, mais c'est elle qui pleurait et je me sentais un peu comme une écoeurante de ne pas partager ses pleurs. Elle a demandé si je me souvenais quand on restait à l'appartement où on dormait dans la même chambre, dans des lits superposés...
- Oui
- Quand papa venait nous border, il passait toujours plein de temps à te parler et te poser des questions, pis après il partait en me disant juste "bonne nuit Jo". Ça, ça me faisait tellement de peine...

Je ne me souvenais pas qu'il ait passé tellement plus de temps avec moi... mais je ne pouvais pas lui dire, comme je ne pouvais pas lui dire que je me souviens que ses caresses me dégoûtaient, que je voulais juste un bonne nuit sec et qu'il parte, parce qu'à 13 ans, pour moi mon père était un monstre.
Je me sentais coupable de lui avoir fait vivre ça sans même m'en rendre compte. Coupable d'avoir attiré sur moi l'attention dont elle avait besoin. Coupable de mon ingratitude envers mon père chez qui je n'avais jamais perçu le désarroi d'avoir une enfant malade.

De la culpabilité. J'avais juste ça. Et je gardais dans mes bras ma petite soeur comme une étrangère.
Elle a fini en reniflant avec un "je t'aime api", vraiment touchant, mais j'ai rien pu répondre, pas pu pleurer moi aussi, parce qu'on aurait dit un "je te pardonne" et ça m'insultait qu'elle confirme ma culpabilité.
Je me sentais coupable de tout ce que j'avais provoqué chez eux, mais je ne pouvais pas me résoudre à vraiment me condamner. Je n'ai jamais voulu de cette maladie, jamais rien fait pour l'avoir. J'ai dealé avec comme j'ai pu, je leur reproche rien dans tout ça. Pourquoi me reprochent-ils la façon dont eux l'ont vécu? Parce qu'ils sont convaincus que, moi, je vis bien avec ça? Parce que je me suis jamais plaint à eux ouvertement?

Tout ça m'a tellement révoltée.
C'est comme s'il avait fallu que je pleure moi aussi pour témoigner toute ma souffrance d'être malade, qu'alors ça aurait semblé plus acceptable que tout le monde ait souffert, comme s'il avait fallu que je leur explique le poids de la maladie sur la vie de la personne qui la porte... pourquoi? Pour dire que je suis pas coupable? Pour dire que j'avais jusqu'alors aucune idée du mal que ça leur avait fait?

Je suis partie m'enfermer avec la fournaise éteinte, sans pleurer, juste figée dans le noir par cette nouvelle certitude écoeurante que jamais personne ne comprendrait."