31 mars 2012

Poésie

"Écrire, j'ai tant écrit. Mais écrire est une forme sophistiquée de silence."
(Baricco, Cette histoire-là.)

J'ai recommencé à lire! C'est seulement maintenant que je réalise à quel point ça me manquait. Comment ai-je pu entamer ce roman en décembre et le laisser attendre si longtemps avant de le reprendre du début? Comment a-t-il pu ne pas me captiver?
Mon esprit s'est libéré - peut-être que j'ai appris à être sereine dans ce travail essoufflant?

La solitude qui m'unit aux pages que je tourne avec l'envie de me rendre jusqu'au bout et le désir en même temps qu'il n'y ait jamais de fin, c'est ce qui me manquait le plus. Quand les gens qui veulent me parler deviennent un obstacle à cette histoire devenue plus intéressante que ma réalité. Quand il faut bien sortir du bain parce que l'eau est froide et que la sensation de ma peau ratatinée m'est désagréable. Quand je voudrais rester dans le métro, habiter tellement plus loin. Quand le temps passe trop vite, que les pages sont trop courtes et les mots, trop beaux.

Et l'amour.
Je tombe amoureuse de ces personnages, ça fait comme une onde de choc dans ma vie et tous ceux que j'aurais pu aimer se font secouer. Et je pense à vous quand je plie le coin d'une page. Auriez-vous aussi aimé cette phrase assez pour en marquer le passage? Je pense, j'aurais voulu vous connaitre. J'aurais voulu que la vie puisse nous mettre dans la même phrase, comme Baricco a décidé de coucher Ultimo et Elizaveta sur une même ligne de la page 218, avec leur "ombre d'or" que je perçois même sans les voir, qui me marque même s'ils n'ont jamais vécu.
Et je pense à toi, parce que si je pense à l'amour je pense à toi que je n'ai jamais vu, qui étrangement incarnes cette idée folle de l'amour qui pourrait durer toujours dans un monde qui se raconterait comme un roman trop court. Je rêve qu'un jour on se parle, même si j'ai peur qu'on ne sache pas quoi dire et qu'au moment où on trouve, tu comprennes mal mon accent du bas du fleuve.
Et je pense à lui qui était exactement pour moi ce qu'Ultimo est pour Elizaveta, cette ombre irréelle pour laquelle on a écrit sans compter les pages, après laquelle on a couru des années plus tard en regrettant de n'avoir pas vécu assez tôt.

Mais je ne pense pas à toi. Pourquoi? Peut-être es-tu trop réel pour que le rêve m'interpelle.
Il manque la poésie peut-être.

Oui, c'est ça. Entre nous il manque la poésie. 

28 mars 2012

Mes voisins d'en face

L'été dernier, il y avait un gros monsieur qui passait ses journées à rénover l'appartement du bloc d'à côté, celui dont la fenêtre arrive pile en face de la mienne. Il me piquait des jasettes parfois, m'invitait à venir laver ses vitres quand j'en aurais fini des miennes. Puis je ne l'ai plus revu.
Quelques semaines plus tard, les fenêtres se sont fermées hermétiquement. Toile blanche. Je ne comprenais pas. J'ai pensé que personne ne vivait là. Après des mois d'observation, j'ai bien compris que des gens y vivent, mais comment est-ce possible? Sans soleil, jamais? Le seul être vivant que j'ai vu, depuis, c'est leur chat, perché sur le bord de la fenêtre, entre la toile et la vitre.

Le point positif, c'est que mes rideaux peuvent rester bien ouverts en permanence et le soleil entrer et moi me promener habillée à peine... Mais ça me parait très étrange tout ça, quand même, je ne pense pas un jour pouvoir comprendre. Entre autre parce qu'au sommet de la liste de ces choses que j'aime par dessus tout, il y a: me réveiller à cause de la chaleur du soleil qui plombe sur mon lit.

25 mars 2012

Je

-Vous allez où?
Je tourne la tête vers lui, il regarde droit devant. Comme si rien ne le concernait.
- Je sais pas si y'a un nous... moi je vais à Jean-Talon...
- Comment?
- Jean-Talon.

Je voudrais que tu saches que de Lionel-Groulx à Jean-Talon, je pleurs. Je voudrais que tu le saches sans que j'aie à te le dire, que tu le saches pour qu'un jour tu décides que ça s'arrête. Dans ma tête encore les dernières secondes pendant lesquelles je ne savais toujours pas s'il y avait un nous, puis les portes qui se referment. Puis rien. Que des larmes.

Sais-tu ce qu'il y a demain? Sûrement pas, je dois être seule à compter... Demain, 7 mois que... que quoi? Je saurais même pas comment le dire.


18 mars 2012

Vertige

Chaque fois que je le vois, même constat.
Je pourrais tomber amoureuse. Like crazy.
Heureusement, on se croise jamais plus d'une fois par saison, au hasard d'une manifestation, d'une nuit blanche, d'une fin de semaine de Noël.

Il a parlé de plus.
Je me rassure en me convainquant que ça n'arrivera pas.
Ça serait juste une catastrophe.

17 mars 2012

Un cheveu sur la soupe

Ça sonne juste comme l’ail commence à rôtir.
- As-tu soupé ?
- Non justement, je me fais à souper là là.
- Euh, je peux tu m’inviter à souper?
- Ben, oui, mais dépêche-toi c’est presque prêt!
- Mais en as-tu assez pour deux?
- Oui, parce que je voulais me faire un lunch…

Il m’explique qu’il restera pas longtemps, explication qui vise surtout à prévenir une déception éventuelle, il me connait bien. À son arrivée sa coupe est pleine, son assiette prête. Il entre en criant « love love love » parce que c’est écrit sur ma porte, entre autres choses.

On mange en se racontant nos vies. C’est bon et simple.

En partant il dit « c’est beau les niaiseries sur ta porte » et je suis un peu insultée en pensant qu’il parle des citations comme le « love love love ».
- Quelles niaiseries ?
- Ben les photos de nous, les grimaces.
- Ah ! Oui… C’est pour me rappeler quand je sors que la vie c’est juste une grosse farce.

Il est parti ému je pense.


La personne qui s’invite à souper chez toi et que tu accueilles en pyjama dans ton appart en bordel, c’est ton meilleur ami, c’est sûr.

16 mars 2012

Dans le miroir en sortant du bain, je me suis trouvée belle.
Mais c'était comme une déception encore d'être belle pour personne.

Le printemps à Montréal

Quand j'entends l'imbécile de Radio-poubelle narrer avec enthousiasme la si fameuse manifestation de plus de 100 000 personnes après laquelle il ne restait "aucun papier par terre", je conclus juste que l'évènement n'a pas eu lieu au printemps.

Le printemps.
La saison qui me dégoûte de l'humanité.

06 mars 2012

Cure

Il faudrait juste arrêter de le faire, et l'amour pourrait mourir en quelques jours à peine.

01 mars 2012

La grande inspiration

Premier mars 2012, jeudi matin, deuxième période. Au tableau: "Une pensée pour Amélie". Les jeunes du groupe 19 arrivent avec leur entrain habituel, me demandent ce qu'on fait aujourd'hui et surtout: c'est qui Amélie?

Amélie, c'est mon amie, une fille de mon âge avec qui je suis allée à l'université, une artiste qui vient de terminer sa maitrise, une fille enjouée qui dit toujours les choses d'une drôle de manière, qui a des idées originales et qui ne se gêne pas pour les exprimer. Amélie, c'est une fille pleine de vie, vraiment.

Les élèves ne voient pas trop où je veux en venir et ça chuchote, ça gigote... Chhhhhhhh.

En ce moment même, Amélie est à l'hôpital. En pleine chirurgie.
Un comique s'échappe: une chirurgie esthétique? ... quelques rires...
Non. Au cerveau. Amélie a une tumeur au cerveau, et elle subit ce matin sa cinquième et dernière opération. Silence... presque.


À la lecture d'une portion de son courriel, j'obtiens finalement le silence. Le vrai. Phénomène rare avec le groupe 19. Je termine avec les choses qu'elle aime. Les licornes, les choses végétales, les créatures aquatiques, les feux d'artifice, la magie, les petits chevaux miniatures, les chats, les crocodiles, la neige, les chauve-souris, les papillons, les stalactites et les stalagmites. La liste est au tableau, et les élèves sont sans mots.

Ils se mettent au travail avec un enthousiasme et un sérieux émouvants, tellement qu'à un moment où je tente de voir toute la classe en un regard vaste et englobant, je suis clouée sur place, prise d'un immense frisson qui ne veut pas passer. Quelque chose se passe dans la classe, quelque chose de grand, à mes yeux. Je pense à elle, ils pensent à elle, nous sommes 35 âmes à prier pour elle, par l'art.