31 juillet 2011

10. Mon oncle

Aujourd'hui, 31 juillet 2011, je peux biffer le numéro 10 de ma liste des 50 choses à faire avant de mourir. C'est un peu étrange de rayer un énoncé avant d'avoir terminé d'élaborer la liste (bloquée au point #34, j'y écrirai bientôt "terminer la liste des 50 choses à faire avant de mourir").

N'empêche, aujourd'hui je peux barrer 10.voir mon oncle Jean-Guy... mais je n'y arrive pas. Je pense que je vais juste ajouter un re, devant.
10. revoir mon oncle Jean-Guy.

J'avais à peine 10 ans, la dernière fois. Il avait réparé mon vélo. Le soir, je lui préparais des toasts au beurre de peanut avec de la moutarde, dégoûtée, et il m'attendait devant Predator 2. On sarclait le jardin, on se promenait avec le vieux Ford et on faisait les fous dans le pic de sable à Thiboutot. Sa jambe tout enflée lui faisait mal, moi j'avais mal au coeur juste à lui regarder le tibia. Ensuite, plus rien. Quelques lettres par an, quelques appels interurbains. Il n'était pas si loin pourtant.

Au téléphone, il me racontait qu'il était devenu inventeur et m'expliquait la constitution de ses inventions révolutionnaires. Je faisais semblant de le croire. Hier, dans sa piaule comme il l'appelle, atelier par endroits, cour à scrap dans certains coins, j'ai réalisé mon erreur. J'ai compris que l'allure de ses lettres - brouillons confus sur un papier taché, une vieille facture, une napkin - était inéluctable. Un moignon dans une prothèse, il marchait d'un bout à l'autre de son salon, euphorique d'avoir chez lui ses petites nièces devenues grandes. J'ai eu peur qu'il pleure à notre départ, vraiment peur.

Il me rappelait trop mon père... Dans ses histoires et dans ses yeux, j'ai compris qu'ils étaient brisés tous les deux, un peu de la même façon, et surtout pour les mêmes raisons. Que ces hommes-là ne se répareraient jamais. Que la solitude est la façon qu'ils ont trouvée d'éviter de briser les autres...

Un film, c'est ça que c'était.

J'avais envie de lui sortir ma grande théorie basée sur l'idée que le contact des autres aurait pu le réparer, patcher quelques trous au moins, lui expliquer que la solitude fait rouiller les plaies sans jamais les apaiser et le convaincre de revenir dans nos vies... Mais j'ai supposé qu'il avait essayé et que c'est précisément à cause du fardeau de l'échec qu'il était parti.

22 juillet 2011

Sous l'orage

Vite vite, j'ai bougé quelques bûches, j'ai planté ma guimauve au bout de ma branche et au-dessus de la braise, il y a juste un côté qui a eu le temps de brunir. Je l'ai mangée, son milieu encore tout froid, debout en ramassant ce qui trainait parce que la pluie. On regardait les éclairs sur le fleuve et dans notre tête, on serait épargnés. Le feu, abandonné. Dire que la corvée de bois à elle seule avait demandé plus de temps. Nos ombres dans le champ interminable, le chien pris dans le foin, papa avec la chaise pliante comme parapluie, Roxane qui lui tient la main en chantant. Nos souliers, floutch floutch floutch.

Dans l'auto, Michel Louvain, pis en choeur, mon père et Roxane: Je suis amoureux (de la dame en bleue). Mais amoureux, la note juste, intense.

Faites que ça dure s'il vous plait, faites que ça dure, faites que ça dure...

21 juillet 2011

Meilleur ami...

Je lui racontais notre distance. Mon amertume, son indifférence.

- Ben voyons, inquiète-toi pas, vous allez être amis pour toute la vie là.
- Ouin... honnêtement, aujourd'hui j'en ai douté.

J'ai eu envie de pleurer, un peu, mais on a changé de sujet vite et ça a pas paru je pense.

19 juillet 2011

Serre-moi

Autour d'une bière, j'ai fait l'éloge de ton corps et ça m'a perdue un peu plus encore. Je marchais vers chez moi et je pouvais juste me dire que j'allais dans la mauvaise direction. J'aurais voulu avoir le courage, la désinvolture de t'appeler, comme ça: j'ai envie de te voir, est-ce que je peux aller chez toi? Juste comme ça. Parce que j'y pense depuis des mois.

Je lui ai dit qu'à la longue, ça me fatiguerait, ton côté bébé. Mais je lui ai raconté aussi ta passion. C'est un gars vraiment passionné et je me dis toujours, imagine s'il était passionné de toi! Je voudrais que tu sois passionné de moi. Voilà.

Un jour peut-être je te le dirai.

18 juillet 2011

Boucle

Je partais pour 2 jours, dans mon sac à dos il y avait plus de rhum que de vêtements de rechange. J'avais choisi de me rendre jusqu'à Verdun à pied, décidant de la route à prendre selon la direction que me suggérait les feux verts. Après une demie-heure (un mois, en réalité) avec la même chanson dans les oreilles, j'ai décidé qu'il était peut-être temps d'écouter autre chose. Ça faisait une heure que je marchais quand j'ai réalisé que je ne pensais à rien. J'ai jugé alors qu'une marche d'une douzaine de kilomètres, un vendredi de juillet à l'heure du crépuscule, c'était une occasion parfaite pour penser à des choses importantes.

Ça a été automatique, j'ai réfléchi au pardon. Me demandant pourquoi c'était si difficile de juste l'envisager. J'ai pensé à mon premier grand amour qui s'est terminé en catastrophe, puis au deuxième qui a été pire encore. Tout ça, ma faute, parce que ma passion aveugle et déraisonnable. Des histoires que j'ai vécues à peu près toute seule et qui me font mal encore aujourd'hui, quand je prends deux minutes pour y penser. J'ai l'impression de toujours recommencer la même histoire, de me placer éternellement dans cette même situation qui repousse sans cesse au loin le bonheur et qui m'assoiffe d'un amour aussi grand qu'impossible, grand parce que impossible. Et pourquoi? Pourquoi? Je remonte jusqu'à la première histoire, morte depuis 10 ans, et je réalise qu'il ne manque probablement qu'une chose pour l'achever: le pardon. Comme pour la deuxième. Comme pour la dernière.

Et lui, il me demande pardon. Je le déteste de me demander pardon et j'ai envie de pleurer, de le frapper et de lui énumérer en un cri toutes ces choses que je dois lui pardonner, parce que j'ai tellement de rage encore. Contrairement aux autres histoires, on a vécu celle-là à deux. Je me dis que pour boucler la boucle, il ne manque peut-être que le pardon. Et si je pouvais y arriver, c'est peut-être ça qui me libèrerait de ce pattern insupportable. Ou bien j'ai été trop crédule pendant mes cours de psycho.

14 juillet 2011

Pardon

Ça m'a fait peur de le voir m'attendre à la sortie. Il s'est approché avec un sourire imbécile, en regardant partout sauf dans mes yeux, comme un petit garçon fautif obligé par sa mère à prononcer des excuses qui l'embarrassent. Il voulait me demander quelque chose et dans ma tête j'ai dit oh non, merde...

"J'aimerais que tu me pardonnes si je t'ai offensée."
Ça m'a surpris, un peu. Il a lu dans mon visage ce que je m'apprêtais à dire et tout de suite: "Peu importe quoi, quand... tout. J'aimerais que tu puisses me pardonner."

J'ai dit ok.
J'avais envie de lui dire plein de bêtises.
J'ai juste dit ok et je suis partie.

En plus de tout, maintenant, il faut que je lui pardonne de m'avoir demandé pardon de la sorte. Comme un tourment supplémentaire. Je n'arrête pas de me dire que le pardon, c'est quelque chose qu'on fait pour soi, pour s'alléger l'âme, pour vivre en paix, parce que la haine ça tue. Mais pourquoi alors il est venu me demander pardon? Je ne vais pas faire ça pour lui, quand même. C'est sûrement trop tôt. Trop tôt parce que je me dis sans arrêt que ça ne vaut rien, le pardonner alors qu'il n'a peut-être aucune espèce d'idée des choses qui m'ont offensée, comme il dit. Pardonner quelqu'un qui ne s'est jamais excusé parce qu'il ne sait pas exactement pourquoi il s'excuserait... c'est vraiment pardonner pour se libérer, pour soi, et là là, je suis pas rendue là.