25 mai 2011

Bonheur facile, 400 kilomètres plus loin

Écouter les grenouilles pour s'endormir. Se réveiller à l'aube à cause de la fenêtre restée ouverte, mais à cause des oiseaux surtout qui sont des dizaines à chanter comme des fous. Nourrir les poules avant de déjeuner. Reculer le trailer dans le sentier, pile au bon endroit, du premier coup. Bûcher dans le vent chaud et humide jusqu'à ce que tombe l'orage d'un seul coup. L'odeur de la pluie tiède dans la forêt. Rouler à 40 le long du fleuve à cause du trailer plein de bois. Sentir la gomme d'épinette et le diesel. Regarder l'ombre grandir dans les champs intensément verts, puis de l'autre côté, le soleil descendre sur la côte nord. S'endormir la tête vide. Le coeur tranquille.

Se réveiller demain matin pour retourner à Montréal. Avec regret, un peu.

19 mai 2011

Solitude. La vraie.

Minuit.
Mercredi 18 mai 2011.
Arrêtée au coin de la rue. Les yeux dans le ciel embrouillé.
Jamais pleuré aussi bruyamment de ma vie. Envie de crier. Envie de frapper. Envie de mourir, un peu. Envie d'être n'importe où sauf ici. Dans l'avion qui passe au dessus de ma tête.
Une branche de lilas au voisin. Volée.
Ça sent tellement bon. Pleurer plus.
Je veux avoir 8 ans. Recommencer tout.

18 mai 2011

Parce que je n'écris jamais à propos de filles

À mon arrivée, elle m'a dit "je t'ai vue cet après-midi au café Aquin", et je me suis excusée, "je t'ai pas vue... pas remarquée...". C'était son anniversaire et c'est ce que j'ai trouvé à lui dire. On a quitté l'Amère et je lui ai souhaité bonne fête en l'embrassant mille fois parce qu'elle m'était trop sympathique et elle m'a dit "ce soir, endors-toi avec cette conviction: tu es belle".



On a marché jusqu'à Saint-Laurent et la route ne m'a jamais semblé aussi courte. Fin de siècle, c'est quand même fort. 20 minutes avant le prochain bus. On a déboursé 2$ chaque pour un paquet de Pringles, j'ai gardé les 26 cents de change pour appeler parce que j'ai pas de téléphone moi. Partager des Pringles dans le bus 55 un mardi soir avec elle en racontant à qui je rêve depuis un bout de temps la nuit, c'était la plus belle chose qui m'est arrivée depuis comme longtemps. Mais on s'est juste fait un câlin avec entre nous un poteau de bus et je pense qu'elle le sait pas, ce que ça valait pour moi, ce moment.

Puis j'ai terminé de manger ma poignée de chips toute seule. J'ai sonné l'arrêt sur un feu vert, j'ai couru pour attraper l'autre bus qui était arrêté devant le feu rouge. J'ai souri au chauffeur. "Bonsoir". J'ai ri. "Je suis chanceuse". Il a répondu "oui".

Le feu est passé au vert.
Nothing is written dans mes oreilles... 

Si je pouvais garder cette conviction et cette volonté et ce bonheur...

Merci mon amie. 

16 mai 2011

J'aurais pu

J'écoutais son accent subtil à l'origine impossible à deviner et tout à coup j'ai eu envie de passer mes doigts dans ses cheveux. Avec ses yeux intensément fixés sur les miens, il me racontait qu'il n'avait pas de talent pour la conversation et je ne comprenais pas, et je le voyais comme pour la première fois, vraiment, et en une fraction de seconde j'ai vu toute sa beauté, et toute la soirée je ne voyais plus que ça, et j'ai pensé que j'aurais pu, si ça avait été possible, j'aurais pu, et ce matin je me suis sentie triste d'avoir rêvé à lui, parce que, si ça avait été possible, j'aurais pu être amoureuse de lui.

13 mai 2011

Trouve l'erreur

1. Il a fait soleil toute la semaine.
2. Nous possédons une corde à linge fonctionnelle.
3. Mon coloc attend le vendredi soir pluvieux pour faire son lavage et bien sûr, faire sécher ses vêtements dans la sécheuse.


08 mai 2011

Personne

On sortait du centre sportif et je marchais devant pour que personne ne voie mon visage. Je regardais au loin, les yeux plein d'eau et je respirais bien profondément pour éviter de pleurer tout à fait. J'espérais passer incognito. Mais les autres trainaient derrière alors il a fallu attendre un peu. Il est arrivé à côté de moi et a eu le malheur de me demander si ça allait. Je pense qu'il a compris, en tout cas je me suis imaginée qu'il avait compris parce qu'il a mis son bras autour de mes épaules, et l'idée que quelqu'un puisse deviner tout ce que je dis à personne, ça m'a juste fait pleurer pour de vrai. J'ai baissé la tête, j'ai arrêté de respirer. Il a dit: "Oh allez Karine, tu vas pas nous faire ça... "Et j'ai juste pleuré plus parce qu'alors j'ai compris qu'il avait rien compris. J'aurais tellement voulu un ami qui me prenne dans ses bras et me dise "pleure, vas-y, c'est normal, c'est vraiment un salaud, pleure, t'as le droit".

05 mai 2011

Serre-moi encore

Quand il te prend dans ses bras, il serre tellement fort que toutes tes vertèbres craquent. C'est comme si tu étais la plus belle chose qui était arrivée dans sa journée, et tout ce que tu as de tension négative coincée à l'intérieur, tout ça se volatilise, libéré.

Des personnes comme ça, j'en voudrais plus qu'une dans ma vie.

04 mai 2011

Non-dits

- Yo madame vous avez tu un chum?
- Hum... Ben... Euh...
- Come on madame, vous pouvez nous le dire.
- Ben euh, non, j'en ai pas.
- Ahhh c'est tellement pas vrai, elle niaise.
- Non non c'est vrai.
- Ah alors vous êtes toute seule...?
- Ben...
- Mais comment ça se fait?
- Euh...
- C'est trop triste. Vous voudriez pas avoir un chum?
- Ben...
- Oh je sais! Il y a plein d'Africains que je pourrais vous présenter!
- Euh...
- Vous aimeriez ça?
- Ben... je crois pas que ça serait une bonne idée.
- Vous aimez pas les Africains Madame?
- Non c'est pas ça...


J'aurais voulu lui dire que ça fait 4 ans de ma vie que je perds avec un Africain et que je voudrais juste pour une fois tomber amoureuse d'un Québécois pour que ça soit simple un peu, sauf que c'était déjà déplacé d'avoir ce genre de conversation avec une élève. Mais c'est comme ça dans cette école: les jeunes avec moi sont comme Yo Madame! et les profs dans les corridors font de drôles de têtes parce que yo, c'est une prof ou une élève la fille qui est tout le temps en jupe?