31 janvier 2010

Martin

Des fois, je me sens vraiment pas bien dans la vie, avec tous les autres que je comprends mal et qui me le rendent bien, et c'est dans ces moments-là que je voudrais être avec toi pour me souvenir que ma solitude n'est pas totale. J'aurais besoin de te parler parce que tu me réconcilies un peu avec le monde, même si tu détestes le monde, parce que c'est vrai qu'il est tellement dur à aimer.

Tic tac

Je joue avec le feu.
Pis toi, tout ce que tu trouves à faire, c'est me donner des allumettes.

C'est ma tendance à l'autodestruction qui me rappelle à l'ordre.
Parce que la vie toute droite toute propre toute belle, ça dure pas.
Faut que ça fasse boum. Faut que ça fasse mal.
Alors je pose des mines sur le chemin que j'emprunte tous les jours.
Et quand y'aura des miettes partout, forcément, c'est toi que je vais blâmer.

29 janvier 2010

Moins vingt degrés Celsius

Le vent me coupait la face et je marchais à pleine vitesse, le coeur comme dans une boîte trop petite. J'avais juste une image en tête et c'était moi, nue, mais je savais pas qui dessiner à côté. Ma double épaisseur de jupes s'entortillait dans mes pantalons parce que le vent était trop en crisse comme y'en a qui diraient. Je pouvais pas m'empêcher de me demander ça serait quoi la plus grosse gaffe entre faire l'amour avec toi et coucher avec lui.

J'avais tellement frette, en plus que je marchais pour rien du tout pis que je me voyais nue.
Je me suis dit que la vie c'est trop chien parce que c'est sûr que la plus grosse gaffe, c'est celle qui me tente le plus.
J'aurais voulu pleurer, mais j'avais déjà trop honte.
J'ai mis ça sur le dos de la pleine lune.

28 janvier 2010

Nostalgie

12 ans... Tu m'as embrassée pour la première fois, sur la joue. Je l'ai décrit plus tard, dans mon journal intime qui se verrouillait avec un cadenas doré, comme "la plus belle chose qui m'est arrivée jusqu'à date".
13 ans... On marchait un soir sur la douzième avenue qui est plus large que toutes les autres, on était partis vite de l'appartement et j'avais mis la veste en jeans de mon père parce qu'il faisait froid. Tu tenais l'extrémité de la manche beaucoup trop longue pour mon bras, et c'était comme me dire que tu voulais tenir ma main, et c'était comme te dire que je voulais que tu tiennes ma main... mais on était tellement niaiseux.
14 ans... Tu as dit à Andréanne que tu m'aimais, que tu ne comprenais pas pourquoi j'étais amoureuse de lui et pas de toi, que toi tu ne me ferais jamais souffrir comme ça. Andréanne me l'a dit, et je n'ai pas su quoi dire, parce que cette année-là tu es parti.
15 ans... C'était une fin de semaine quelque part entre nos anniversaires, on a bu du café à quatre heures du matin et on est allés jouer une game de 21. Tu as gagné, comme d'habitude.
16 ans... La semaine après avoir acheté ma première auto, on a roulé jusqu'à chez toi. On était 4 sur le divan, toi tu parlais en dormant, tu sursautais, et j'espérais juste que tu touches mon bras.
17 ans... Tu es arrivé au beau milieu de la nuit, tu m'as réveillée et on a tellement ri dans le noir. Le lendemain on est allés à la rivière et on était mal à l'aise que ça soit si romantique. Les vieux amis ne font pas ça.
18, 19, 20, 21... Amoureux fous, on l'était chacun de notre côté.
22 ans... Elle t'a brisé le coeur, et deux semaines plus tard, le jour de mon anniversaire, tes pieds jouaient avec les miens sous la table pendant qu'on mangeait de la fondue, et c'était comme si tout ce temps je m'étais trompée. Je lui ai brisé le coeur, à cause de toi.
23 ans... On regardait des vidéos stupides de gens qui se cassent la figure sur youtube, tu étais assis sur moi et je te caressais les cheveux parce que c'était simple, tout simple, pendant que les autres jouaient au nintendo. Ce soir-là, on s'est endormi sur le divan et il faisait tellement chaud.
24 ans... Tu m'as embrassée, pour de vrai, je t'ai dit tout ce que j'aurais dû te dire à 14 ans quand il n'était pas trop tard, tu m'as dit que tu te voyais bien finir ta vie tout seul et j'ai pas compris pourquoi tu parlais comme ça. On s'est endormis, le lendemain on a fait comme si rien était.
25 ans... Après un an sans se voir, on a marché quelques heures dans le vieux port, à profiter des chaînes tombées pour marcher sur les écluses. Je t'ai demandé ce qu'on allait faire. Tu as dit que tu le savais pas. J'ai dit qu'il vaudrait mieux ne plus jamais se revoir. Tu as dit ok.

Et c'est comme ça que se finissent les belles histoires.
C'est trop bête.

21 janvier 2010

Vivre plus que ça

"Grattez le passé, et le futur se répandra comme du sang" (Nelson Henricks, Map of the City)

Je ne veux plus marcher dans les ruines de mes rêves.
Je ne veux pas me réveiller dans vingt ans et être "nostalgique d'un futur qui n'est pas arrivé."

Je voudrais savoir comment faire... un peu.

20 janvier 2010

Quelque part en 2008, j'ai écrit que tomber en amour, c'était trop facile.
Mais aujourd'hui, j'ai peur que ça ne m'arrive plus jamais.

Here and now, c'est tellement pas ça. Je sais.

19 janvier 2010

Indicatif présent

Il m'arrive de plus en plus souvent d'avoir des petits moments qui font chaud en dedans, des fractions de seconde où je me surprends à être... heureuse? En tout cas, de courts instants pendant lesquels je ne me demande plus si je suis heureuse ou non, pendant lesquels je suis seule mais que ça ne me dérange pas, pendant lesquels je ne pense pas à demain et encore moins à hier, pendant lesquels je ne fais pas de ma vie dans ma tête autre chose que ce qu'elle est réellement et que ça ne me paraît pas plate... Des moments où je vis sans mesurer le poids de l'existence.

On dirait que dernièrement, je comprends finalement ce qu'ils veulent dire par here and now.

15 janvier 2010

Combat

À tout faire pour être froide, je me sens comme un glaçon tout frêle qui éclatera en morceaux au premier choc.

14 janvier 2010

Corps invisible

"Le corps se présente d'abord à nous dans le monde et il est interprété immédiatement comme un objet du monde, quelque chose qui est visible, que je peux voir, toucher, sentir. Mais ce n'est que le corps apparent. Le corps réel, c'est le corps vivant, le corps dans lequel je suis placé, que je ne vois jamais et qui est un faisceau de pouvoirs - je peux, je prends avec ma main - et ce pouvoir, je le développe de l'intérieur, hors monde. C'est une réalité métaphysique fascinante puisque j'ai deux corps: visible et invisible. Le corps intérieur que je suis et qui est mon véritable corps, c'est le corps vivant, c'est avec ce corps-là que je marche en vérité, que je prends, que j'étreins, que je suis avec les autres.

C'est ce corps invisible qui est d'ailleurs la source du désir: en présence du corps de l'autre, je perçois un corps visible, mais je pressens une subjectivité et c'est elle que je veux atteindre. Dans une théorie de l'érotisme on pourrait montrer qu'en vérité le désir - et c'est pour cela qu'il recommence indéfiniment - vise à atteindre quelque chose que je ne peux pas toucher dans le monde, mais qui se touche lui-même hors monde et qui est justement la vie, la vie invisible de celui ou de celle que je désire."
(Michel Henry, Art et phénoménologie de la vie.

Je suis comme essoufflée. Et on dirait que sorti du contexte, c'est moins saisissant... Mais je suis saisie.

12 janvier 2010

Non

C'est trop facile être amoureuse de toi et c'est pour ça que je dis non à tout ce qui te concerne. Je voudrais te l'expliquer pour que tu le saches, pour que tu le comprennes peut-être, mais je ne peux pas, ça serait comme dire un peu oui et il serait déjà trop tard.

"le langage est parfois si brutal qu'il ne réussit qu'à nous apeurer." (Louise Dupré, La Memoria)

11 janvier 2010

Miroir

En public, je suis gênée de me regarder dans un miroir, parce que les filles qui se scrutent, l'air de se chercher des défauts, je les trouve automatiquement connes.

Mais lui, il était planté là devant le miroir et c'était comme s'il se voyait pour la première fois. Il était laid mais je l'ai trouvé beau.

Je voudrais savoir me regarder comme ça.

10 janvier 2010

Décennies

Il y a 10 ans, quand on a compris que le bug de l'an 2000 c'était juste de la fiction, maman a acheté une bouteille de vin qui vieillirait bien et on a tous roulé un post-it sur lequel on avait écrit nos vœux pour 2010.

2010, c'était il y a 10 jours.
Le temps d'une bouteille de vin qui a bien vieilli, on est retourné 10 ans en arrière.
Je voulais être heureuse, avoir une vie heureuse, et des gens heureux autour de moi. C'était, selon moi, ce qui résumait tout ce que je pouvais désirer. Je réalise que c'était un vœu pour la vie plus que pour 2010; il reste encore du travail à faire.

Monsieur Legault avait souhaité qu'on se souvienne de lui.

Si on avait su, je crois qu'on aurait tous souhaité que tu sois là pour ouvrir la bouteille avec nous. Mais toi, on aurait dit que tu savais que tu n'y serais pas.
Dans 2 semaines, ça fera un an que tu es partie.
Le temps passe tellement vite.


On a fait une autre bouteille, pour 2020. J'aurais pu écrire le même vœu à nouveau, mais je me suis dit que de rouler mon souhait et de le laisser reposer 10 ans dans une petite bouteille, ce n'était peut-être pas la meilleure façon de le réaliser. Alors j'ai écrit autre chose, encore plus difficile à atteindre, et dans 10 ans je me dirai peut-être que je devrais travailler plus fort, plutôt que de laisser tranquillement vieillir mes rêves.

08 janvier 2010

Au loin

Je prépare mes bagages... juste pour Montréal. Il me semble tout à coup que Montréal n'est pas assez loin. J'irais tellement plus loin. Je veux partir encore, loin, longtemps.

03 janvier 2010

Crazy diamond

Pendant tes derniers mois à Delft, tous les cheveux longs, tous les tissus noirs, tous les poils de barbe au menton de Montréal et tous mes grains de beauté me rappelaient toi.
On écoutait Shine on you crazy diamond simultanément; on a eu une idée qu'on n'aurait jamais eue si tu avais été à Montréal, on a eu la même idée au même moment et on a juré qu'on le ferait si c'était possible. Mais si ça avait été possible, on n'aurait jamais eu cette idée.

C'était une idée magique, de chaque côté de l'Atlantique.
Et maintenant quoi?

C'est toujours la même histoire. Le désir d'une chose sera toujours plus permanent et plus intense que le plaisir de son obtention. Maintenant qu'on a tout au bout des doigts et que notre imagination est notre seule frontière, il ne reste plus grand chose de cette idée magique.
Tu étais sûrement saoul, et moi probablement triste.

02 janvier 2010

Caresse

Je me demandais si c'était fait exprès, son pied sur le mien. Des fois j'exagère un peu dans mon interprétation du hasard et ça me met de drôles d'idées dans la tête. Mais plus tard il y avait ses doigts dans mes cheveux pendant que Peter Pan essayait de voler et c'est dans mon ventre que ça a fait drôle. J'étais trop occupée à chercher la dernière fois que ça m'était arrivé, trop occupée à me demander ce que ça me faisait et ce que ça voulait dire, trop occupée à interpréter, et j'ai pas eu le temps de réagir. La tempête est arrivée trop vite.