30 janvier 2009

Et si, au lieu d'écrire parce que je suis triste, j'étais triste parce que j'écris?

26 janvier 2009

Hommage

Dimanche on croyait que c'était vraiment la fin, lundi ce n'était pas mieux. Puis, mardi, elle a eu un regain d'énergie. Elle m'a dit quelque chose comme: "Toi, tu vas aller parler avec Odilon." J'ai fait un peu la sourde oreille... Puis elle a répété: "tu vas aller parler en avant, avec Odilon... À l'église." Odilon c'est le frère de mon grand-père, le curé. Je lui ai demandé si c'était ce qu'elle souhaitait et elle a répondu avec un clin d'œil.

Ça a tourné en chicane avec les cousines, puis personne ne voulait le faire, je ne le voulais plus non plus. Mais je me suis concentrée sur la dernière demande qu'elle m'a faite, et j'ai fait de mon mieux pour y répondre.

"Je suis devant vous pour parler de grand-mère au nom de ses douze petits-enfants. Je cherche en moi le courage de porter la responsabilité de représenter tout le monde avec justesse, et je ne me sens pas à la hauteur. Pourtant, grand-mère me ferait comprendre en un rien de temps que je m’inquiète inutilement. Les yeux remplis de fierté, elle me prendrait les épaules en m’appelant « sa belle grande fille », et je retrouverais confiance en moi.
Elle était la meilleure pour nous faire sentir comme les meilleurs. On ressortait toujours de chez elle l’estime de soi gonflé à bloc, prêts à accomplir de grandes choses. Jamais elle ne nous jugeait, et même lorsque nous lui racontions nos difficultés, voire nos échecs, elle gardait ce même regard débordant d’amour, cette fierté inconditionnelle. Elle savait nous faire voir les choses autrement, mais surtout, positivement.
Nous étions reçus chez elle comme des rois. J’entends encore clairement la façon qu’elle avait de prononcer nos noms en riant lorsque nous arrivions à l’improviste. Elle souriait avec tout son visage et ouvrait les bras pour nous embrasser. Sa façon de nous accueillir suffisait à guérir n’importe quel bobo. Sa présence rassurante étouffait toutes nos peines. Nous lui faisions confiance, parce qu’elle était transparente : toutes les émotions paraissaient sur son visage et lorsqu’elle souriait, nous pouvions être certains de sa sincérité. Une simple visite de quelques minutes à peine la comblait d’un réel bonheur. Elle le disait en riant : « quelle belle visite! Que vous me faites donc plaisir! »
Nous avions si peu à faire pour la rendre heureuse… et elle nous le rendait bien. Elle était une grand-maman exemplaire. Sa générosité démesurée en était une preuve. Pour ses petits enfants, elle était prête à tous les sacrifices. On pourrait dire qu’on était gâtés pourris… Mais on aime mieux dire qu’avec grand-maman, c’était pas pareil! Elle disait sans arrêt qu’elle était une grand-mère comblée, mais sa générosité, l’amour et la fierté qu’elle nous portait ont fait de nous des petits-enfants comblés.
Elle avait un don pour l’émerveillement. Tout était pour elle plus grand que nature. Elle nous a montré la beauté des choses simples; nous a incité à voir la vie entière telle une chose belle et simple.
Dans nos plus beaux souvenirs d’enfance, grand-mère a eu son rôle à jouer, que ce soit à la cabane à sucre, aux lacs à truites, à la ferme ou à la maison. Elle était le rayon de soleil qui a fait de chaque journée un grand bonheur.

Elle nous laisse comme plus bel héritage un idéal à attendre, un modèle à suivre… parce qu’un monde rempli de personnes comme elle serait un monde de bonté, dénué de rancune. Ces dernières semaines passées à son chevet sont porteuses d’une leçon importante : pour vivre heureux, il suffit d’aimer sincèrement et d’apprécier chacun des détails qui comble chacune des minutes qui passent. Elle a répété qu’elle était comblée, qu’elle connaissait un bonheur parfait, et quand elle est partie, aucune ride ne creusait son front. Elle était sereine, elle était prête.
Nous acceptons son départ parce qu’aucun regret, aucune déception, aucune rancœur n’ont marqué notre relation avec elle. Elle nous a aimé de tout son gigantesque cœur, nous a appris à marcher la tête haute. Nous garderons toujours en mémoire cet amour qui nous a permis de bien grandir et qui a fait de nous de jeunes adultes épanouis.

Grand-maman, tu as accompli ta tâche avec brio, tu peux partir l’âme en paix. Nous t’aimons, et dans notre bonheur, tu continueras de vivre."


Maintenant, je dois revenir à la vie, la vraie. Je n'ai plus à veiller sur elle, c'est elle qui veille sur moi. Ça laisse quand même un grand vide...

23 janvier 2009

Rachel

La vie après la mort m'a toujours paru telle une croyance désespérée qui ne peut être réalité, rien de plus qu'une invention du cerveau humain incapable de se satisfaire de sa condition d'être temporairement vivant. Peut-être que c'est l'impuissance, ou le désespoir... mais aujourd'hui j'ai envie d'y croire.

Nous étions quatre autour d'elle, à lui caresser les bras, les mains, les cheveux. Le soleil du matin commençait tout juste à entrer dans sa chambre. Sur son front, il n'y avait aucune ride; elle était calme, elle était prête. Elle semblait dormir, mais je crois qu'elle nous savait avec elle. Son souffle raccourcissait, ses inspirations s'espaçaient et tout doucement, elle nous a quitté.
Il était neuf heures.

Je suis restée là un moment à halluciner que sa poitrine se gonflait toujours à un rythme régulier. Je me suis imaginé qu'elle décide de ressusciter après quelques minutes d'apnée. Je savais bien que je me faisais des idées, mais j'avais les yeux rivés à son visage, paralysée par une fascination douloureuse. Puis soudainement, j'ai eu envie de croire que d'un peu plus loin maintenant, elle continue de me regarder avec cette même fierté inconditionnelle.


Elle va tellement me manquer.

20 janvier 2009

Parfait?

Elle répète sans cesse que tout est parfait, excellent, idéal, exceptionnel. Elle répète qu'elle est comblée, partout, que c'est le bonheur parfait pour elle et pour tout le monde. Parfait. Elle répète qu'elle m'aime, que je suis belle, que le bonheur sera pour moi, que ma vie sera comblée. Parfait. Elle me tient la main et répète que tout est parfait. Quel délice. Quel bonheur.

Et moi je pleurs. Pas parce qu'elle est en train de mourir et que je n'y peux rien, pas parce que je l'aime et qu'elle va me manquer. Parce que sa sérennité me paraît tout à fait inaccessible; parce que je n'ai pas sa paix d'esprit et que j'ai peur de ne jamais l'avoir; parce qu'en ce moment tout ce que j'ai en moi c'est de la rancoeur, de la peine, de la rancune.

Elle me chuchote que c'est correct, que c'est beau, que tout est parfait. Et moi je pleurs... de rage.

Tout manque tellement de sens. Ma révolte manque de sens mais elle me remplit néanmoins le coeur.
Mon amour se transforme en haine. Mais plus je hais, plus j'ai besoin d'être aimée. Et ça fait mal.

19 janvier 2009

24

Je ne sais pas pourquoi exactement, je crois que ça date du soir où on avait fabriqué avec la gardienne un jeu de Ouija avec des lettres et des chiffres en papier, et que le verre de styrofoam et son antenne Lego avaient dit qu'à 24 ans, j'allais me marier. Depuis plus de quinze ans j'ai le sentiment profond que ma vingt-cinquième année sera exceptionnelle; ça serait vraiment stupide que ça soit à cause de ce verre que la gardienne faisait elle-même bouger.

N'empêche qu'il y a deux mois et demi, j'ai eu 24 ans. Le mardi de mon anniversaire, j'ai eu deux examens. Présage? Je ne sais pas... mais il me semble que jamais ma vie n'a été aussi dure.


À 4 ans on s'est connus.
À 14 ans il est parti.
À 24 ans il a disparu pour de vrai.
Si à 34 il réapparaît... je pense que je commets un crime.

18 janvier 2009

Swing life away

Je voudrais juste pouvoir crier. Mais il y a les oiseaux, le chien, le chat.
Je voudrais juste pouvoir ouvrir la porte et crier. Mais il y a les voisins.
Je voudrais juste pouvoir crier assez fort pour que ceux qui me donnent envie de crier ressentent toute la rage qu'ils m'inspirent.
Ça donne rien.
Je suis juste un flocon tombé depuis longtemps au sol.
Et c'est insupportable. Je voudrais juste pouvoir le crier.

15 janvier 2009

Des vrais amis

C'est dans ces moments-là que tu les reconnais.

Moi, j'en ai aucun.

11 janvier 2009

Métastases

À mon arrivée elle m'embrasse et s'empresse de me faire ses vœux de bonheur, comme si elle avait peur d'oublier de le faire, ou comme si elle avait peur de mourir avant même que je ne reparte. Elle me fait un cadeau qui attendait à côté de la porte avec mon prénom d'écrit dessus: Karine dernier. Dernier? Dernier cadeau. Puis elle m'en fait un autre avant que je quitte, sans parler du sucre d'érable, des herbes salées et du sirop qu'elle me demande de prendre entre temps. Quand je pars elle me dit d'aimer la vie, parce que la vie est belle.
La visite suivante, elle recommence ses souhaits, ses mots d'amour inconditionnel, ses paroles de reconnaissance envers la vie. Et elle les répète, parce que rien ne compte plus que ça, en ce moment.

Et moi je vois bien à quel point elle change, elle n'est plus la grand-mère que j'ai connue... et égoïstement je voudrais ne garder en mémoire que celle de mon enfance. Mais je n'ai en tête que celle qui est fatiguée de vivre, comme si ce dernier mois avait chassé de mes souvenirs la mère de ma mère, la vraie. Je la vois qui est chaque jour un peu plus prête à partir. Elle a commencé à le faire déjà...

Je m'imagine toujours le pire. Je me prépare toujours à la déception. Le drame, la douleur, l'injustice, je les entrevois toujours comme si la vie ne pouvait m'offrir autre chose et qu'il valait mieux que je m'y prépare.
Mais ce deuil-là, je n'arrive pas à le regarder arriver, je n'y suis pas prête, je ne me sens pas capable de le supporter. Il est fatal mais je ne veux pas l'admettre. Je veux qu'elle vive encore! J'ai besoin d'elle.

04 janvier 2009

Dimanches soirs, tous pareils

France d'Amour chante Mon frère, étouffée par le ronronnement du lave-vaisselle et le fan du foyer. Les lumières tamisées chuchotent une comptine silencieuse: dodo bientôt, pipi caca dodo. Les cheveux humides, je tente de terminer des travaux que je n'aurai pas le temps de terminer pour demain, et en dedans de moi planent des petits papillons d'excitation teintée d'insécurité.

Demain, je vais à l'école.