27 décembre 2008

Romance

Seule pour la première fois en dix jours. La pression tombe, je peux arrêter de sourire, oublier un peu l'obligation d'être heureuse.
Cacher le drame, ravaler la souffrance, feindre le bonheur, ça demande tellement d'énergie.

Presque deux mois... Et ça ne passe pas. Ça ne pâlit que pour s'enflammer le jour suivant. Ça se transforme en rage, un peu, mais c'est une rage qui égorge et avive l'envie de vivre en martyre. Une rage de mutilé qui espère le secours improbable de son bourreau.

Ça ferait moins mal si je n'avais pas tant écrit. Sans tout ce papier barbouillé, je n'aurais même pas conscience d'y penser depuis si longtemps. J'aurais oublié combien de temps j'ai massacré à décorer ma vision d'avenir de sa présence. Je ne me souviendrais pas de combien tout était clair, le 23 août 1998, au milieu de l'immense mangeoire, écrasés dans l'ensilage que les taures venaient manger malgré nous.
Écrire m'a fait romancer ma propre existence. C'était tellement réel, pourtant. Banal, même. Je ne comprends pas où j'ai pu me tromper.

Un journal intime, pas sûre que ce soit un beau cadeau.

Que serait la foi sans livre sacré?

23 décembre 2008

Extrait d'un cahier

Je fouille dans mon passé, même si j'aurais tellement mieux à faire. Je tombe sur des textes que je n'arrive pas à croire, je ne me souviens pas les avoir écrits, je ne suis même pas sûre de savoir de quoi je parle au juste. Mais je les trouve beaux.

Écrit quelque part en 2005, probablement en hiver, peut-être au printemps:

"J'ai au moins l'écriture positive, quoique plutôt morte et vide de vocabulaire, collée au sol aussi, je n'arrive plus à décoller, peut-être me faudrait-il plus de temps, de mine, de noir. Peut-être suis-je trop impatiente et paresseuse. Le résultat sans l'effort. J'exagère, c'est évident. Et si j'oubliais d'écrire. Me croiras-tu? L'important c'est moi, ma croyance. Même en plissant les yeux sur les lignes floues je n'arrive pas à croire en moi, le concret m'est imprimé en tête, l'image que je désire inexistante, imprégnée.
Pars!"

22 décembre 2008

Un brin de bonheur

Prendre une douche à n'importe quelle heure du jour.
Chanter à tue-tête dans le remonte-pente.
Se relever d'une plonge dans la poudreuse, en avoir plein son manteau.
Couper les cheveux d'un ami en échange d'un câlin interminable.
Pleurer devant quelqu'un, avouer que ça fait mal.
Se coucher le soir les joues roses de froid.

14 décembre 2008

Douleur exquise

Le poignard dans ma vision d'avenir me pousse vers un état étrange. Je flotte. Il faut tout recréer (inventer un nouveau rêve, retrouver espoir pour répéter les mêmes erreurs naïves et y croire fort encore pour me préparer déjà à la déception de toute certitude) malgré l'envie de rester accrochée à jamais à ce rêve. Abandonner. Je dois apprendre à le faire quand ça ne dépend plus de moi.
Il me semble qu'il y aura toujours quelque chose à faire.
Mais non. Abandonner. Accepter d'avoir rêvé en vain.
Accepter que je n'y peux plus rien.

En même temps que le coup, un livre m'est apparu: Douleur exquise (Sophie Calle), comme destiné à tomber entre mes mains à ce moment précis. Un compte à rebours de 92 jours qui mène à la souffrance. Par la suite, chaque jour pendant 93 jours, elle écrit l'histoire de ce jour où elle a souffert, et plus on tourne les pages, plus l'écriture pâlit. En parallèle: le récit d'individus différents répondant à la question: "quand avez-vous le plus souffert?"
Et alors je retrouve un peu espoir. Pas en un rêve.
En l'abandon.
Rien ne résiste au temps.

Il me reste trop de travail à faire.
Je n'arrive pas à me concentrer; je ne pense qu'au rituel par lequel je m'exorciserai de ce rêve. Prendre la douleur, en faire quelque chose de créatif. Sitôt que la terre sera dégelée, j'irai enterrer mon trésor. Je pourrai alors en faire le deuil, l'oublier. Toutes ses traces auront disparu de ma vie, il n'existera qu'au creux d'une tombe, et je pourrai refouler ces souvenirs qui doivent cesser de me brûler les ailes.

12 décembre 2008

Il suffit d'un élève...

« J’vous souhaite de vous rendre loin madame. Tsé, on fait gros les fous, mais c’est pas dirigé contre vous.

En tout cas, j’vas me souvenir de vous! Merci madame! »


C'est vrai que par bouts, ils étaient plus que fous.
Mais je les ai aimés.

Parce que je suis fière d'eux...

09 décembre 2008

Ça fait trop mal

Aujourd'hui, première tempête de l'hiver.
25, 30 centimètres de neige?
10, 15 millimètres de larmes...

Comment j'ai pu en arriver là?
C'est l'espoir.
Dévastateur.

J'ai honte d'avoir porté une certitude avec tant d'espoir.

Pourquoi croire en Dieu?
Parce que l'homme est trop décevant.

08 décembre 2008

J'ai juste peur de ne plus jamais pouvoir y croire

Des conneries.
Je suis une imbécile.

Undo?
Ctrl+z?
Il me semble que toute ma vie serait à recommencer.

Einmal ist keinmal.
Merde!

J’ai cru à ça?

Et maintenant quoi? Accepter?
Ha Ha! Merci psychologie humaniste.

Je vais m’en sortir.
Je suis forte.
Je peux te balancer mon pied à la figure.

Vive le froid!

Depuis ce matin, je repoussais le moment de sortir; je n'en avais aucune envie, entre autre à cause du froid. Mais pas le choix.
Je descendais les trois étages en regardant par les grandes fenêtres l'asphalte tout blanc et je cherchais un peu d'enthousiasme en moi.
Mais quand j'ai mis le nez dehors et qu'à la première inspiration les poils de mes narines ont gelé les uns contre les autres, j'ai été remplie d'une émotion intense... de bonheur. Et en marchant jusqu'au métro, j'ai eu chaud dans mon manteau.

Quand je suis rentrée, morveuse, le visage tout froid, j'ai pensé que dans une dizaine de jours, en rentrant les fesses gelées, je pourrai mettre une bûche dans le foyer et me parquer devant le feu. Et ne rien faire d'autre que sentir la chaleur chasser le froid.

Enfin l'hiver!

05 décembre 2008

Le pont de la Clic-à-doc

Après deux semaines au camp, au dernier soir sur le pont de la Clic-à-doc, on ne chantait plus "nous les filles on a du nerf de beaux yeux clairs du caractère...", encore moins "je m'en vais chasser le lion", non, ce soir-là on pleurait. Les premiers jours on pleurait d'ennui, et après deux semaines ensemble sans arrêt, on pleurait parce qu'on ne voulait plus repartir. Se quitter? Patienter un an avant de se revoir? Partir d'ici? Non!

J'ai l'âme sur le pont de le Clic-à-doc; à deux pas du départ, je voudrais rester tout à coup.

04 décembre 2008

Matin de Guignolée

J'étais là à me faire mouiller au coin de René-Lévesque et Papineau, au beau milieu de la Guignolée avec mes bottes et mes mitaines rouges (j'avais presque l'air dans le coup), à regarder les voitures passer, attendant la bonne, et tout à coup, sortie de nulle part: madame Pauline Marois qui marche fièrement vers moi, la tête relevée malgré la pluie. Candide, je la regarde s'approcher et je me demande ce que ça me fait et ce que c'est censé me faire et paf! un parapluie sur la tempe. J'étais dans le chemin du monsieur qui venait en sens inverse secourir madame de l'averse et l'accompagner jusqu'à son autobus qui, lui, était sur le chemin de pas mal d'autos sur Papineau.

Quand même, je peux dire que j'ai été happée par le parapluie de madame la chef du PQ. Je dirais pas que ça a fait ma journée... mais c'est quand même une vedette.

02 décembre 2008

Chacun pour soi

Attachement, détachement.
Toujours la même histoire.
À quoi ça mène? Cinq ans dans cette ville; des gens sont apparus puis disparus, sans cérémonie la plupart du temps. Comme la neige. Un matin d'avril on se réveille et on ne réalise pas qu'elle est finalement toute fondue.
Sauf qu'on sait qu'elle revient en novembre. Les gens ne reviennent pas.
Et je ne peux que me demander: puisque c'est incontournable, puisque toujours, on finit par se quitter... pourquoi s'attacher?

J'en ai marre de déménager.
J'en ai marre de voir les gens défiler dans ma vie. Marre de les aimer et de les quitter sans jamais même leur dire au revoir.