26 juin 2008

Pourquoi?



Parce que je t'aime d'un amour qui ne ressemble pas à celui que je connaissais, parce que je t'admire plus que quiconque, parce que j'ai envie de te rendre hommage mais que je n'en ai pas les moyens, parce que tu m'as enseigné sans le savoir à enfin vivre plus que ça, et surtout, parce que ma main semblait plus belle dans la tienne.

25 juin 2008

Vertige

"Qu'est-ce que le vertige? La peur de tomber? Mais pourquoi avons-nous le vertige sur un belvédère muni d'un garde-fou? Le vertige, c'est autre chose que la peur de tomber. C'est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi."
(Kundera)

Je ne sais pas s'il faut parler de contrôle ou de déni, de force ou de faiblesse, d'explosion minime ou d'implosion dévastatrice ignorée. D'une bombe à retardement?
Toute la journée, le monde est comme s'il n'avait jamais existé. À mon réveil je sens que quelque chose a changé, mais c'est comme le printemps, c'est comme mon déménagement. Dès que la nuit tombe toutefois, le voilà qui arrive, le vertige, l'envie de me laisser tomber dans les bras de ce sentiment que je ne dois plus ressentir. L'effort de ne plus penser à lui crée un vide en moi dans lequel j'ai envie de plonger pour me saouler de son absence, de la souffrance, de l'amour qui doit mourir.
Presque deux jours et toujours aucune larme.
Quand le vertige m'emporte et me laisse revoir le scintillement du soleil sur sa peau noire, alors ma gorge se serre de nostalgie déjà. Mais je ne pleure pas, j'ai trop peur de libérer un monstre qui m'anéantirait.

"Avoir le vertige, c'est être ivre de sa propre faiblesse. On a conscience de sa faiblesse et on ne veut pas lui résister mais s'y abandonner. On se soûle de sa propre faiblesse, on veut être plus faible encore, on veut s'écrouler en pleine rue aux yeux de tous, on veut être à terre, encore plus bas que terre."

Je résiste, je jure que je résiste.
Mais c'est dur d'éliminer de ma vie le sentiment qui justement me faisait sentir en vie. Je n'ai pas mal, ou peut-être ai-je mal sans le savoir. Je souffre juste de ne plus pouvoir y penser, en rêver, le désirer. J'aimais l'aimer et j'aurais voulu pouvoir continuer.

Mais voilà, je suis déjà descendue bien trop bas, je me suis laissée assez aspirer; maintenant je dois prendre de grandes inspirations.
Je ne pleurerai pas.

10 juin 2008

Intensité

"Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même "esquisse" n'est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l'ébauche de quelque chose, la préparation d'un tableau, tandis que l'esquisse qu'est notre vie n'est l'esquisse de rien, une ébauche sans tableau. [...] einmal ist keinmal, une fois ne compte pas, une fois c'est jamais. Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout." (L'insoutenable légèreté de l'être, Kundera.)



Pour lui, tout est toujours suffisant... donc moi, je suis perpétuellement à la limite de l'exagération.

Mais puisque le moment ne se répètera jamais, ne devient-il pas alors plus significatif, plus lourd, plus tragique?

Coincée dans le temps encore, j'aurais voulu tout vivre avec intensité... mais il ne le permet pas. Il ne peut se consacrer à une seule chose; son intensité est éparpillée et doit s'exprimer dans la quantité. Il ne rêve pas, comme moi, d'une intensité exclusive.
C'est peut-être sa façon d'amortir le choc, d'étouffer la douleur.
Si la souffrance ressentie par lui n'est que compassion, peut-être pense-t-il la rendre plus supportable en diminuant la mienne.

Mais je ne veux pas d'un ballon qui se dégonfle. Je veux un zénith aveuglant, une apogée explosive, je veux une bombe nucléaire.
Parce que si on s'essouffle avant la fin du compte à rebours et que le zéro tombe inaperçu, hier ne vaut plus rien, et aussi bien oublier aujourd'hui.

02 juin 2008

Si le contenu mental de chaque être humain existait physiquement, l’espace de l’atmosphère ne suffirait pas à tout entreposer.

J'ai trop de cahiers.
Mon appartement est trop petit.
Il faut que je jette du lest. J'ai pris la décision ferme de rapporter chez ma mère au moins la moitié de toute cette écriture. Je n'arrive toutefois pas à choisir. Et s'il y avait dans ce cahier vert que je déménage un détail important que je rechercherai un jour? Et si le bleu contenait la réponse à la question que je me poserai dans quelques mois? Et si le rouge racontait le souvenir que j'aurai tellement envie de revivre en détail? Même si c'est pour me torturer, même si c'est pour me rappeler que trop de gens oublient, même si c'est pour m'empêcher de grandir... je veux les garder tous, tout près de moi, à portée de main.

Je me souviens que pendant quelques mois, j'ai fait un peu d'écriture automatique. Quelques pages à peine, pas plus d'une dizaine. Avais-je un cahier réservé à cet exercice?
Ce soir, j'ai découvert que non seulement ces textes presque impossibles à relire ont été rassemblés dans un même cahier, mais que ledit cahier est rempli.

Je pourrais parier qu'au moment de le parcourir, j'aurai l'impression de lire une étrangère.