30 juin 2006

Homard

Il était tellement massif que j'avais du mal à le tenir dans ma main droite, et pas question de le prendre à deux mains, il fallait le garder le plus loin possible; heureusement qu'il gigotait pas! À mi chemin entre le lavabo et la grande marmite d'eau bouillante (la même qu'on utilise pour plumer les coqs à l'automne, juste pour vous dire comme elle est grande), je me suis arrêtée pour regarder René qui ne bougeait pas plus que la bête de près de 4 livres que je tenais à bout de bras.

- Envoye! Prends le tien, fais ta part!

Pas vrai que je commettrais ce crime toute seule.
Quand il a été derrière moi, prêt, j'ai tenté de déposer le mien lentement dans le chaudron, mais j'avais tellement peur qu'il crie que dès qu'il a eu les pinces dans l'eau, je l'ai laissé tomber et ça a fait de grosses vagues, et René, qui est plus farouche que moi, l'a lâché de plus haut encore et, splash! l'eau a éclaboussé le mur et le rond a fait le son de quand on renverse de l'eau dessus.

Mais ils ont pas crié, merci, ils ont pas crié.
Leurs yeux ont blanchi tout de suite, ils ont à peine remué, puis celui du dessus s'est mis à baver une espece de liquide blanc écoeurant, c'était interminable.
Tout comme nos plaintes.
Pauvres bêtes, pauvres tits, ce qu'on est cruels! (bis)

La prochaine fois, on prendra les plus petits. Et la prochaine fois sera dans quelques années.

23 juin 2006

Luciole

Je n'arrive plus à dormir; ma pompe (à insuline) a sonné son alarme habituelle pour m'avertir de la faiblesse de la pile et j'en ai profité pour bifurquer jusqu'ici, me retenant très fort de ne pas me faire de café tout de suite, parce que je devrai aller rejoindre René qui dort toujours, tantôt, et il me pardonnera difficilement d'avoir troqué mon haleine du matin contre une de café...

...

Mardi soir, sur l'autoroute 20 déserte, presqu'à la hauteur de Saint-Jean-Port-Joli, je n'avais toujours croisé aucune voiture, et je commençais à me demander si je n'avais pas des problèmes de yeux, parce que j'hallucinais (en tout cas, c'est ce que je croyais) des petites lumières grosses comme des flocons, en haut de mon pare-brise. J'avais sorti mon sac de vieilles cassettes ultra précieuses et j'avais mis dans le lecteur la plus... hétérogène de toutes, et je me surprenais à connaître des paroles par coeur alors qu'avant de les entendre à nouveau, je ne me serais jamais rappelée les avoir déjà écoutées.
Je chantais à tue-tête (le plaisir d'être seul en voiture), à la poursuite d'une lueur rouge au loin qui disparaissait à la moindre courbe, "so why won't you try to see who..." Clac!
Un des flocons lumineux s'est fracassé en plein au centre de mon champ de vision, laissant s'éteindre lentement un petit picot verdâtre, phosphorescent.

Et j'ai pensé qu'il ne doit pas exister d'insecte plus triste à frapper qu'une luciole.

19 juin 2006

Chialage

(Parenthèse: chialage, qui ne se trouve pas dans le (mon) dictionnaire, fait partie de ces mots qui, répétés quelques fois, perdent rapidement leur sens, leur crédibilité. Je n'étais plus sûre de le mettre en titre, parce qu'il m'avait l'air trop surréaliste.)



Comme pour éviter que le coeur m'élargisse davantage, et bien sûr, me rappeler que tout dans la vie a un petit quelque chose de difficile, le trop plein d'amour que les employés de la cuisine m'envoient sans aucune retenue a trouvé concurrence avec le manque total de considération dont je suis victime face aux autres serveuses.
Elle était là, l'attrape!
Elle a failli me faire pleurer, la pas fine. Dans les circonstances, je crois qu'on peut dire que j'ai pleuré, parce que mes yeux et mon nez ont coulé, mais c'était pas vraiment pleurer. En espérant que personne n'ait rien vu.
Mais bien sûr, une fois toute seule en après-midi, mes patrons (un couple on ne peut plus adorable) se sont occupé de moi, m'ont rassurée avec des phrases longues et nuancées et respectueuses qui se résumaient néanmoins à: t'en fais pas pour les deux vieilles bitches.

Puisque du lever au coucher du soleil j'ai été Chez la mère Dénommée, je n'ai rien vu de cette journée chaude, collante, écoeurante comme je les aime tant. Ce matin, dehors, ça a l'air pire! C'est ma chance. Mais je ne sais pas encore ce que je ferai.
D'abord déjeuner dehors, puis lire, certainement.

C'est terrible comme on se plaint sans cesse. Je sais bien qu'il n'y a pas là de quoi s'étonner vu la réputation du peuple québécois, mais tout de même! En fin de semaine passée, le premier commentaire de tous les gens qui entraient au resto était le suivant: "on gèle (crisse)!" ou sinon ils parlaient de la pluie. Ils avaient dont hâte qu'elle parte, la maudite pluie.
Et hier, ils faisaient tous la même tête satisfaite d'entrer et de sentir l'air climatisé, sans manquer de se plaindre de la chaleur extérieure, de combien c'était insupportable, étouffant, crevant, donnez-moi une bière frette au p.c.

Quand il fera une température idéale, ils se plaindront tous des moustiques.

15 juin 2006

Nectar

C'est peut-être dû au contraste pourri/génial, mais Music-Hall! me procure un telle joie intérieure! Que je l'adore que je l'adore que je l'adore ce Soucy.
Il me fait rire tout haut, plutôt remarquable.

Le téléphone sonne, je suis au beau milieu d'un chapitre. Je raccroche et reprends le chapitre du début, rien que pour faire durer le plaisir.
Je savoure ses mots, relis parfois la même phrase deux, trois fois; j'ai pas hâte que l'histoire se termine.


C'est aussi la saison des nectarines, juste de les sentir à l'épicerie me donne envie de me faire des repas complets de nectarines. Mais ça risquerait de me rendre malade...
Le soleil est revenu. Ce matin encore à 7h30 j'en profitais déjà.

Tout ce qui manque, c'est René.
Un gros morceau!


Que fait-on lorsqu'on a épuisé tous les romans d'un auteur qu'on aime (pas apprécier là, aimer)?

14 juin 2006

Mercredi matin d'été

7h30, attirée par la clarté, je me suis levée. Ma fenêtre de sous-sol a beau être située à l'ouest, derrière une grosse épinette, c'était évident qu'aucun nuage ne cachait le soleil.

C'est un autre de ces rêves étranges et désagréables qui peuplent mes nuits depuis une semaine qui m'a réveillée. Mylène et moi avions une mission à accomplir, la mer était agitée, il y avait des vides immenses, des falaises, des navires ennemis. En sautant de la barque, je suis tombée dans la boue, et elle s'est mise à m'embrasser, partout sur le visage. Comme on bécote un chaton pour s'excuser de lui avoir marché sur la queue.

Le thermomètre indiquait 33 degrés; à cette heure, le soleil plombe sur ce mur de la maison. Assise sur la première marche de l'escalier du patio, j'ai continué de lire, le temps de siroter mon café. En très peu de temps, malgré qu'ils soient plutôt pâles, mes cheveux sont devenus brûlants, presque insupportables, et même si j'achève cette histoire qui ne s'améliore pas du tout, je suis restée là plus d'une heure, ne serait-ce qu'en souvenir de ces deux semaines de pluie interminable.

13 juin 2006

Je me sens coupable, mais c'est plus fort que moi. Je saute des mots, des groupes de mots, des lignes, des fins de paragraphes complets quand je vois que la dernière phrase est au sujet des mêmes souvenirs ou réflexions du personnage qui parfois me semblent être davantage propriétés de l'auteur lui-même qui n'avait plus l'inspiration de donner une personnalité différente de la sienne à ses personnages.

Ce roman m'emmerde!

L'histoire n'est d'aucun intérêt et je ne peux pas lui pardonner ça parce que la façon dont c'est écrit n'est d'aucun intérêt non plus. Le lire me rappelle une personne réellement ennuyante avec qui je me lasse de parler au bout de quelques minutes; ils utilisent les mêmes mots, les mêmes syntaxes répétitives et le même ton plaignard prend-moi-en-pité-s'te-plaît. Des anecdotes de quotidien, des détails inutiles, redondants et ultra ordinaires.

Y'a rien d'intéressant dans ce roman!
Un auteur qui a cherché à se valoriser en donnant de ses traits à son narrateur, sans se douter qu'en fin de compte, son héros serait d'une platitude encore plus grande que lui-même. Tsé quand le narrateur est un écrivain qui manque d'inspiration.
Tout cas!

Les chapitres sont courts, mais j'arrive rarement à en lire trois d'un coup. J'ai fait un effort jusqu'à maintenant. Mais hier soir, dans le comble du désespoir, j'ai pédalé jusqu'à la bibliothèque municipale pour emprunter autre chose à lire. Music-Hall! de Gaétan Soucy, l'auteur qui ne m'a jamais déçue.
Alors en plus de cet ennui mortel face aux mots de l'autre, il y a la hâte de me retrouver à nouveau dans l'univers de Soucy qui me pousse à lire en diagonale.

Faites que la fin ne soit pas celle que j'ai devinée, parce que dans ce cas, jamais plus je ne me risquerai à ouvrir un roman de cet auteur.

08 juin 2006

Vitamines

Extrait de mon cahier (7 juin)

"Il faisait froid comme en novembre, on avait la pluie sur le dos et le vent du nord nous ordonnait violemment de prendre la voiture, mais on est tout de même montées sur nos bicyles et on a pédalé le vent en pleine face jusqu'en ville. On est revenue la morve au nez et après s'être fait chauffer un bol de soupe et cuire un grilled cheeze, on s'est écrasées sur le divan, devant le film pour lequel on s'était gelées les mains.
Satisfaction totale!

Et puis, il y avait quelque chose de terriblement drôle sur le présentoir au dépanneur. Des paquets de vitacig... Des cigarettes vitaminées! Avec l'étiquette "ce produit peut causer le cancer du poumon", mais! C'est plein de vitamines.
J'aurais dû regarder la valeur nutritive... Juste pour voir!

***

C'est l'anniversaire d'Andréanne aujourd'hui. Ça fait deux ans, minimum, qu'on s'est pas vues. Je sais pas si c'est la solitude, mais malgré tout le négatif que cette fille-là m'a apporté, j'aurais envie de la revoir ces jours-ci. On habite trop loin l'une de l'autre maintenant pour que ça redevienne nocif comme amitié... Et je me sens plus imperméable, aujourd'hui.

Il faudrait que j'écrive à Mylène aussi, mais j'arrive pas à me convaincre de le faire simplement par politesse... comme elle le fait...
J'ai reçu de ses nouvelles aux fêtes, et dans la carte de Noël elle avait mis une carte d'affaire colorée (en plein de son genre, avec des fioritures) avec son nom et sa fonction d'écrits dessus. J'imagine que c'était une façon de se sauver des détails, d'éliminer les explications... d'épargner du temps peut-être. Ou c'est parce que la carte était trop petite?
Si je remue tout ça, c'est qu'en tournant la page de ce cahier qui déborde, je suis tombée sur les trois dernières lettres que je lui ai écrites, pliées les trois dans les mêmes plis, jamais envoyées, parce que trop pleines de détails et d'explicatons... et de reproches dissimulés.

Un peu avant le jour de l'an, ma mère a aussi reçu une carte de souhait d'une femme avec qui elle correspondait il y a 20 ou 30 ans, et maintenant, elles sont juste un nom parmi la liste des gens à qui elles doivent poster une carte annuellement.
Ça me déprime que Mylène ait décidé qu'on en soit rendues là, nous aussi."



J'étais tellement à bout, hier...
J'ai pensé que peut-être, c'était mon dernier été dans le coin.

06 juin 2006

Intégration

Il doit y avoir une attrape quelque part, un quelque chose qui m'est passé sous le nez sans que je le remarque. Si ces gens-là sont toujours gentils comme ça, je suis l'employée la plus comblée de la région. Je sens que mes patrons me serreraient dans leurs bras à mon arrivée et à mon départ si ça pouvait pas sembler inapproprié. Que des sourires accueillants et rassurants.

Je ressens absolument pas le malaise ni la honte d'être nouvelle, inexpérimentée, maladroite; j'ai l'impression d'avoir le droit d'être apprentie.
Je suis allée déjeuner ce matin. Dans la cuisine on dit avoir hâte que je revienne travailler, espérer que j'obtienne plus d'heures au cours de l'été.
Pis ça a l'air sincère!
Toute leur gentillesse est parfaitement naturelle, ça vient du coeur, ça brille dans leurs yeux. Ils ont l'air plus vivants que tous ceux avec qui j'ai pu travailler les étés passés.
C'est ben trop valorisant, je me sens remplie d'amour gratuit.

On prend soin de moi. Des inconnus en fin de compte.
Je vis vraiment quelque chose de déstabilisant...!