30 mars 2006

Clémentine

Y'a de ces artistes parfois qui me désinspirent au point où tout est à remettre en question, où le monde de l'art devient absolument méprisable; de grands ou de piètres parleurs (les deux se peuvent et les deux me rebutent) qui me convainquent que jamais, oh non jamais de ma vie je ne deviendrai artiste professionnelle pour que l'on me paie à conférencer stérilement au sujet de mon oeuvre.


Pourquoi l'artiste doit-il être en perpétuelle remise en question, en crise d'identité interminable; quand cessera-t-il ses revendications de reconnaissance? À quand l'acceptation d'une sensibilité pas nécessairement intellectualisée, d'une différence floue, mal identifiée mais respectée, simplement, sans plus, sans quête d'une augmentation du capital symbolique de l'Artiste? Sans jouer sur le sens des mots, sans chercher à devenir chercheur/ scientifique/ explorateur/ philosophe/ politicien/ guerrier?


Où est donc l'artiste?
Pis moi là dedans?


En même temps que je m'offusque de cette surintellectualisation de l'artiste, je m'indigne aussi des propos dont on nous a gavés tout l'après-midi: comment un homme avec une conception du monde aussi simpliste peut-il être parvenu à une telle reconnaissance? Charismatique, c'est vrai. Mais pourquoi ai-je l'impression que tout son discours est venu s'ajouter superficiellement à sa pratique pour se soumettre à la demande de l'institution, de la mode, du public, que sais-je, plutôt que d'être de réelles convictions qui ont mené à la réalisation d'oeuvres?
Pourquoi ce gars-là se sent-il obligé d'en mettre autant? Pourquoi ne nous avoue-t-il pas que son seul et unique désir était de jouer?


Je sais pas combien de mots j'ai inventés/torturés dans les dernières minutes, mais tout ce que j'étais venue dire au départ c'est que:
C'est cave, parler de la société à la troisième personne, de s'y soustraire totalement.


Et pendant que j'y suis... J'ai encore cette horrible odeur de clémentine dans le nez. Après demain, nous serons en avril. À ce temps-ci de l'année, si un fruit sent dégueulasse, c'est bien la clémentine. Mangez les chez vous si vous les aimez, venez pas nous lever le coeur avec ça pendant les cours.
(Entre vous et moi, vous faites bien ce que vous voulez, ce n'est pas véritablement un ordre.)

24 mars 2006

Les idiots

Le générique commençait à défiler sur un fond de plancher de bois franc et j'attendais le nom du réalisateur qui selon les règles de Dogma95 ne devait jamais apparaître. Jeanne a reniflé un coup, et j'ai ramassé ma pelure d'orange, toujours fixée au générique. Façon de tromper l'angoisse dont j'avais à peine conscience d'être envahie. En m'habillant, j'ai tourné la tête, une autre aussi pleurait. Les deux personnes que je considérais le plus dans ce local pleuraient, et je ne savais plus si j'étais triste à cause des Idiots, ou parce que j'étais la seule à garder les yeux secs. J'étais dégoûtée par le film, et triste de ne pas pouvoir pleurer dans cette classe bondée.
Au téléphone avec René, je me suis sentie bien, jusqu'à ce qu'il me demande si ça allait. En une fraction de seconde le film a repassé et j'ai revu les filles pleurer. Il a fallu que je prenne une grande inspiration pour pouvoir répondre oui sans que ça sorte comme un gros sanglot baveux. J'ai dû répéter plusieurs fois, oui, ça va, ça va, pour pouvoir raccrocher.
Devant la porte du métro, comme toujours à cette heure-là, c'était rempli de monde, deux filles s'énervaient, comme celles dont j'ai déjà parlé ici, mais cette fois c'est moi qui aurais voulu qu'elles se taisent, et vite. On m'a bousculée, dépassée brusquement pour se précipiter avant moi dans le wagon. Au centre, là où aucun poteau n'est accessible, j'ai éprouvé une rage horrible envers tout ce qu'était mon environnement. J'ai dû rougir un peu, une larme s'est formée dans le coin de mon oeil droit, et ça a été tout.

En marchant, j'ai croisé une dame, le regard complètement vide, fixé droit devant, son manteau était vert, ses pas courts et ses mouvements laborieux. C'est là que j'ai éclaté, à perdre les craques de trottoir dans l'eau de mes yeux. Mais je me suis vite dépêchée d'arrêter de pleurer, j'arrivais à la maison.

21 mars 2006

Éléphant rose

Ce matin, dans ma boîte de courriel, un nouvel ami nommé panda.volant avec un sujet du type "NE PAS JETER AVANT DE LIRE" (comme quoi panda.volant ce n'était pas assez de mauvaise augure) m'envoie un message très urgent, accompagné d'un fichier.zip me promettant de grandes richesses par son titre interminable.
Non non, il ne m'y a pas prise malgré tant de ruse! Mais, poussée par je ne sais trop quoi (sans doute parce que mon adresse n'était pas dans une liste d'envoi longue comme le bras, que le message était adressé exclusivement à moi), je lui ai répondu, pleine d'arrogance, d'aller chier avec son .zip au contenu douteux et son message tellement pas subtil. Si je me rappelle bien, j'ai souligné qu'il était sans talent aucun et l'ai traité d'imbécile.
Je n'attendais pas de réponse à tant d'hostilités, mais j'avoue avoir eu une petite pensée pour panda.volant cet après-midi.
Eh oui! Panda.volant m'avait répondu à mon retour ce soir, offusqué donc (pitoyablement) insultant, sarcastique, et pédant par dessus le marché. Il a tenu à m'expliquer que le contenu du .zip était totalement inoffensif: un document word et un vidéo expliquant comment, à l'aide de paypal et le soutien involontaire d'un bon nombre de personnes, un mec (panda.volant est français, de ce que j'ai compris) s'était fait 5000 euros en trois semaines, et comment nous pouvions, nous, simples humains, accumuler cette petite fortune à notre tour.
Peut-être qu'il ne s'est pas senti assez crédible encore, alors il m'a bien précisé que le raté qu'il était (pourtant je me rappelle pas l'avoir traité de raté...) parlait trois langues, terminait ses études supérieures de médecines, était " pianiste et illustrateur à ses temps perdu. Je pense qu’il y a pire comme raté…toi peux être ? "
Ouh là!
Je me suis sentie assez petite dans mes culottes de me faire insulter (avec autant de fautes) par un haut médecin supérieur trilingue, que... je lui ai répondu encore plus snob qu'au premier coup.
C'est fou!
Je me sens comme à treize ans, à mes premières expériences sur Internet avec mes amies, quand on niaisait des gars sur ICQ et mIRC, qu'on les cruisait pour après les envoyer chier, c'était à savoir qui était le plus brillant, le plus prompt, qui aurait les meilleurs mots, les meilleures expressions pour insulter le camp adverse, et ça tournait en espèce de drame et on avait les joues qui rougissaient, le coeur qui débattait... pour des niaiseries... virtuelles en plus.
Ce qu'il y a de fou aussi, c'est le temps que ce panda.volant m'a fait perdre aujourd'hui, et comme si ce n'était pas assez, fallait que j'en rajoute avec un message ici. Depuis des jours que je reste alerte aux détails et que j'attends celui qui sera idéal pour revenir écrire, eh bien voilà, j'ai ma saga!
À suivre...!

15 mars 2006

St-Jean-Port-Joli

Puisque après (on devrait pouvoir écrire puisqu'après) un certain temps sans écrire ça devient toujours plus difficile de recommencer, comme un rendez-vous qu'on doit prendre depuis des mois et qu'après tant de temps à repousser à plus tard ça devient encore plus gênant de téléphoner, même si on sait, en y réfléchissant un peu, que la personne que l'on appelle n'a aucune idée de qui on est et de combien de temps ça fait qu'on passe à ne pas téléphoner; aujourd'hui ou demain ça revient au même, après tout, mais on ne le sait pas. Donc, puisque après tous ces jours j'ai envie d'écrire mais quelque chose m'en empêche, un petit lien, comme ça, images d'une ville (un village?) situé juste à côté de chez moi (le vieux chez moi) pour rebriser la glace.

http://www.turbulence.org/Works/lefevre/index.htm