24 février 2006

Y'a des journées comme ça...

J'ai demandé à René avec une voix de tite fille: À quoi ça sert de vivre?
Il m'a regardée bizarre, et je me souviens pas de sa réponse. Ça sortait de nulle part; de mon tas de pensées c'étaient les seuls mots à s'être organisés en une question, et je lui ai posée comme si je me la posais à moi-même.

D'habitude, j'ai toujours une réponse à ça, surtout que les gens qui la posent me donnent la vilaine impression de chercher l'attention d'une façon pitoyable. "À quoi ça sert de vivre" est certainement dans mon top trois des stupidités à dire.

Mais cette fois-là, la réponse s'était perdue quelque part dans un brouillard, pas moyen de la retrouver, ça ne m'a pas déprimée, mais j'étais dans un état assez étrange, difficile de dire s'il s'agissait d'une soudaine lucidité ou d'une profonde confusion.

- C'est ça, ça sert à rien. Si on était une dizaine, une vingtaine, je dis pas, mais là, on est des milliards.



En tout cas, si un jour je voulais me suicider, je m'organiserais pour faire chier le moins de monde possible avec ça pis j'irais pas me jeter sur les rails du métro à l'heure de pointe.

21 février 2006

L'art contemporain

Je devrais dormir, mais j'étudiais et je n'avais pas encore éteint mon ordinateur...


1. L'art contemporain est ennuyeux.
2. Il ne donne pas d'émotion esthétique.
3. Il est l'effet d'un trucage intellectuel.
4. Il est sans contenu.
5. Il ne ressemble à rien.
6. Aucun critère ne s'y applique.
7. Il ne demande aucun talent artistique.
8. Il est épuisé par l'histoire.
9. Il est produit par excès d'historicisation.
10. Il n'est plus critique.
11. Il est une pure création du marché.
12. Il est l'effet d'un complot du monde de l'art.
13. C'est un art officiel.
14. Il n'existe que sous la protection du musée.
15. Il est coupé du public qui n'y comprend plus rien.

(Résumé des reproches faits à l'art contemporain, Yves Michaud: La crise de l'art contemporain.)

20 février 2006

Le sentiment d'être ordinaire. Il ne me lâche pas. Et je le déteste.

17 février 2006

L'Immaculée Conception

J'ai passé vite hier sur L'Immaculée Conception et depuis le début de ma lecture que j'ai envie d'en parler, de le citer, d'ailleurs quand on me demande ce que je lis, je peux pas m'empêcher de répondre: lis-le, tu verras comme c'est bon!
Depuis le début aussi que je reste marquée par des phrases que j'aurais voulu noter, mais que je relisais une dizaine de fois en me disant que je les noterais plus tard. Elles sont toutes oubliées, et notées nulle part ailleurs que dans ces quelques deux cents pages originales.

Gaétant Soucy est un génie des personnages.

Hier j'ai noté une première phrase, trouvée à la page 213, et je transcris une partie du paragraphe ici. Le curé Cadorette s'adressant à Remouald.

Il y a des choses dans l'esprit humain, dans le mystère de notre âme qui sont comme ces cryptes dont on se demande ce qu'elles peuvent bien cacher. Mais si on s'aventure à les desceller, par orgueil, par mauvaise curiosité, on ne parviendra qu'à réduire en poussière ce qu'on voulait trouver. Et on ne saura pas davantage ce qui y était caché. On sera plus pauvre de ce qu'on aura détruit, sans savoir de quoi on aura été appauvri. Toi, justement, tu as la curiosité d'ouvrir toutes les portes. Le monde est déjà un peu usé pour moi, Remouald, mais pour toi, il est encore flambant neuf. Et quand tu auras mon âge, tu sauras qu'on serait prêt à se couper un bras pour avoir devant soi un univers qui ne porte pas encore les taches graisseuses de nos doigts.

Je doute que le passage ait autant de force pour la personne qui n'a aucune idée de qui est Remouald et qui n'a pas lu ce qui vient avant. Tout de même, Et quand tu auras mon âge, tu sauras qu'on serait prêt à se couper un bras pour avoir devant soi un univers qui ne porte pas encore les taches graisseuses de nos doigts. Je ne sais pas trop comment on pourrait ne pas apprécier une phrase comme celle là.

16 février 2006

Cadillac

J'avais prévu descendre exceptionnellement à Langelier pour marcher le vent dans le dos, mais le souvenir d'avoir fait ce choix il y a quelques mois m'en a dissuadé: cette fois-là le vent avait tourné. Aujourd'hui, le vent s'était endormi au cours de l'après-midi, et de toute façon, j'ai finalement décidé de sortir à Cadillac pour une raison bien peu liée à la météo.

Il devait partir de la maison au moment où je quittais l'université, logiquement nos métros auraient dû se croiser, et chaque fois que le mien en rencontrait un autre à une station, je regardais à travers les deux épaisseurs de vitre, juste comme ça, sans espoir, d'un coup il aurait été là sous mes yeux. À l'Assomption, la chose à faire m'est apparue tellement évidente que je ne comprends toujours pas pourquoi je n'y ai pas pensé avant. Puisqu'il part toujours en retard s'il n'est pas avec moi, je le rencontrerai en chemin, il me fallait donc descendre à Cadillac... pour être sur le chemin, bien sûr. Ça tombait bien, j'achevais les dernières phrases du neuvième chapitre de l'Immaculée Conception.

Sitôt hors de mon wagon, j'ai tourné la tête, et il était là, lisant son journal, assis la cheville droite sur le genou gauche. Je me suis placée entre deux wagons, parfaitement vis à vis lui comme par hasard, et malgré mon souvenir de la fois où il était de l'autre côté de la rue, que je criais son nom et qu'il ne m'entendait pas et que j'avais eu honte d'avoir crié si fort et qu'autant de gens m'aient entendu exceptée la personne à qui je m'adressais; j'ai osé un "René!" poussée par l'urgence que dans quelques secondes, il serait trop tard, son métro arrivait, je l'entendais très bien.
Miracle, il a levé la tête. Puis son corps en entier.
Mon métro s'est mis à défiler interminablement entre nous alors que le sien s'immobilisait tranquillement. Nous étions plantés là, chacun de notre côté des rails, à sourire, et c'était si intense comme moment, ce désir de communiquer dans l'impossibilité physique de le faire, visuellement c'était comme une photo floue, et le bruit des deux métros rendaient le cri le plus fort totalement inaudible. J'ai eu envie de courir, grimper les escaliers, traverser le pont, descendre de son côté pour le rejoindre, mais je suis trop rationnelle pour ça. Immobile, le temps était long, mais dans une course comme ça, il aurait accéléré et je lui aurais fait manquer son métro.
On a fini par voir la fin de mon train et il a pu entrer dans le sien qui avait ouvert ses portes. Dans un langage de sourds muets qui ne connaissent pas le code, j'ai pu comprendre de l'attendre pour souper. dans combien de temps? 40 minutes. une heure? oui, une heure. je t'aime. je t'aime.


Comme prévu, il est parti en retard, mais tellement en retard que la porte de l'appartement est restée débarrée.

10 février 2006

Sept heures trente, rue Rivard

09 février 2006

Vénus

C'est quand je fais des rêves aussi beaux, aussi surréalistes que je regrette de ne pas avoir de réel talent pour la représentation en dessin. Ces images finiront comme toutes les autres rêvées, dissoutes à quelque part qui ne se visite pas dans ma mémoire, pâlies par le temps. Déjà quelques heures après mon réveil, ça ne me semble plus aussi grandiose; ça l'est encore parce que je me rappelle du sentiment, lui il reste, je le ressentirai probablement toute la journée.


C'était le soir, ou la nuit, le ciel était indigo. Je nageais dans un immense lac, sans effort, sans sentir que l'eau mouillait mes vêtements. Dispersées aux horizons du lac, des planètes flottaient au dessus d'une île. Je me rappelle m'être dit en riant: "Une chance qu'y ont mis des îles, sinon sur quoi on mettrait l'échelle pour monter?" Derrière moi il y avait la Terre, à gauche une autre planète qui ressemblait trop à la terre pour que j'y accorde de l'importance, et au fond du lac, très loin, Vénus. C'est cette image de Vénus qui était renversante, mais je sais pas comment la décrire. On aurait dit un ballon de mongolfière très mince et léger, violet, qui valsait au dessus de son île entourée de vapeur, et c'est cette vapeur qui maintenait Vénus dans les airs, je l'entendais d'où j'étais, c'était comme un pneu qu'on gonfle. À un moment le soufle a été plus fort et ça a donné un coup au ballon (qui ressemblait davantage à un chapeau avec deux cordons à ce moment là) qui s'est ouvert, le tissus s'est déchiré et a grandi dans le ciel jusqu'à former un corps, un ange ou quelque chose qui ressemble à ça. Quelques secondes et le tissus était redevenu le ballon initial flottant au dessus de son volcan.
Et moi, toujours aussi légère dans mes commentaires, j'ai dit, en pensant aux habitants de la planète: "ça doit faire tout un courant d'air!"

J'avais hâte de m'y rendre. J'ai nagé vers elle, mais en chemin autre chose a attiré mon attention et mon rêve a changé de direction.

07 février 2006

Cargaison

"-As-tu fini de bouger?
-J'achève...
-Quoi?
-...
-T'achèves quoi api?
-De bouger!
-Non... As-tu le nez bouché?
-Ah... Non...
-Tu veux pas te moucher?
-J'ai rien à moucher."

Pour être consolé, renifler c'est pas suffisant...




Hier, dans le métro, j'ai ri... Ou en tout cas, j'ai souri fort. Un peu à cause de deux filles qui riaient, parlaient et chantaient assez ouvertement merci, comme on en voit très peu le faire, je veux dire qu'elles étaient naturelles, pas stéréotypées du tout (je dis peut-être ça parce qu'elles avaient pas le look mannequin aussi...), authentiques. Mais j'ai souri surtout à cause des gens autour d'elles, des zombies frustrés, le bec pincé, levant les yeux au ciel après chaque éclat de rire, tapant de la main sur le genou, fermant les yeux et expirant le plus fort possible pour faire comprendre à un maximum de gens combien ils sont exaspérés.
Un plaisir exacerbé exaspère.
C'est ma conclusion.
Les gens sont intolérants. S'ils avaient eu un livre en main, j'aurais compris. Mais non, ils étaient tous là, les bras de chaque côté du corps, les épaules tombantes, le regard figé devant eux, vide. Tellement l'air de n'être traversés d'aucune pensée, qu'ils me faisaient penser à des animaux; d'ailleurs à l'heure de pointe quand le métro déborde et que je le vois arriver, les fenêtres pleines de gens sans expression, je peux pas m'empêcher de voir une cargaison de bêtes.

06 février 2006

L'Éphémère

Autant pour si peu.

En ce moment c'est ce que j'ai en tête, mais je n'en parlerai pas davantage parce qu'il y a aussi ce sentiment du devoir accompli, d'angoisse dissipée, le tout épicé d'un: "et maintenant, on fait quoi?" qui me dit qu'à quelque part (en dedans sûrement), ce n'était pas vain.

Ceci dit, ce fut un joyeux feu de camp, un beau gâteau d'anniversaire, ou une chandelle immense. Photo à l'appui, prises par d'autres, qu'on me donnera en temps et lieu et que je posterai ici pour Anne, entre autres, si elle visite toujours cette page à ce moment là.


J'étais venue ici surtout parce que ça faisait longtemps, pour écrire au sujet d'autre chose, mais René vient d'arriver, et on va se payer la traite. J'imagine que le sujet à l'origine de mon passage ici tombera dans le flou du "c'est arrivé y'a trop longtemps" et restera quelque part, en dedans sûrement...