31 décembre 2005

L'entre côte

"De toute manière les hommes c'est tous des crosseurs, fait qu'te marier toi ou un autre, ça revient au même."

J'espère que maman s'est trompée en disant ça à mon père, le jour où il lui a demandé d'être sa femme.


Ce soir je lui ai trop parlé.
Ce soir j'ai bu trop de vin.


Les gens qui souhaiteraient avoir des parents différents de ceux qu'ils ont sont inconséquents. Si ma mère avait fait un enfant avec un autre homme que mon père, moi je n'aurais jamais existé.

30 décembre 2005

De trop

Le moment où je ne suis plus chez moi ici est peut-être déjà là...
Tout m'agresse.
Qu'importe que ce soit seulement une impression.
Être de trop, pogner les nerfs contre la moindre source de contrariété, ou avoir une trop grande quantitié de sources de contrariété plutôt, s'emmerder, être dégoûtée. Ça doit ressembler à ça, pas être chez soi. Je ne veux pas dire être ailleurs que chez soi.
Ou bien c'est la fatigue. Mais j'en ai marre de toujours tout lui mettre sur le dos.

Je me sens bombardée de haine et d'hostilité.
Et puis, c'est peut-être juste moi qui dégage tout ça.

On dirait que Chateaugué a attrapé la même maladie que moi depuis cet après-midi.

28 décembre 2005

Oignons

C'est con. Quand j'ai envie d'écrire, je me mets à décortiquer mon envie plutôt que d'écrire simplement.


Papa, lâche le téléphone, que maman appelle et que je puisse partir d'ici avec elle, aller me coucher tôt, tout de suite, sans tarder, avant que le regain d'énergie de neuf heures me donne ma claque dans face.

Si j'attends trop, c'est foutu, je dormirai pas avant demain matin.
C'est con, ça aussi. Je veux me lever tôt demain, mais j'ai hâte que demain soit fini. Que l'absence se pousse. Que je sois deux à nouveau.


Les résolutions c'est de la connerie.
Se faire des promesses à soi, ça vaut quoi quand tu sens le besoin de dévoiler haut et fort à tout le monde ce que tu promets de ne plus faire? Surtout quand c'est partie intégrante de toi depuis tellement d'années. Le dire aux autres, c'est pas bête, ça donne un coup de pied quand vient trop forte l'envie d'oublier son contrat momentanément, juste à soir, après c'est fini, une tite dernière rien que pour voir. Quand tu te permettrais de te trahir, c'est utile d'avoir le jugement des autres pour mettre les brakes à tes écarts de conduite. Sauf que... quand y'a personne pour voir, qui jugera. Le regret? Ça dure quelques minutes, une fois saoul c'est plus grave du tout; le lendemain, la honte. À la deuxième rechute, à peine un petit goût amer pour accompagner le mal de tête. Et après, bah, les autres accepteront ben, après tout, c'est pas leur vie, c'est pas leur corps, c'est pas leurs oignons! Juste leur déception... mais une fois saoul ça se voit pus.



Appelle maman, appelle.



J'ai hâte à janvier 2010, même si j'ai pas hâte d'être plus vieille que maintenant. On va ouvrir un tit pot qui poirote au dessus du foyer depuis presque six ans, lire les quelques post-it roulés qu'on y avait mis. Un voeu sur chacun. Je me rappelle encore du mien, et je n'en ai pas honte (ça aurait très bien pu arriver, compte tenu de l'état pathétique dans lequel j'étais en 99-2000); j'ai hâte de voir ce que les autres ont souhaité, si ça s'est réalisé. Il reste quatre ans pour achever la réalisation de mon voeu... Le plus gros est fait, mais y'en manque un peu. J'ai pas trop espoir d'en venir à bout, puisque le bonheur des uns fait le malheur des autres et que, j'ai fini par l'apprendre de force, on ne peut pas changer les gens.


Il faut que je révise mon portugais. Mon cahier est resté le même depuis mon départ de Montréal, rien ne s'y est ajouté, et en plus, j'ai dû en oublier quelques bouts.

27 décembre 2005

Éternité

Physiquement, c'est juste une bague... et un peu d'officialité aux yeux des autres, et puis ça n'altère ni mes intentions, ni mon envie d'éternité qui étaient là depuis le commencement. Mais pourtant, je me sens tellement différente.

24 décembre 2005

Tylenol

"-T'as l'air fatiguée...
- Ouin, ça fait deux mois que j'suis fatiguée"

En fin de compte, si mon père l'a vu, c'est que je dois être réellement fatiguée.
Je me lève aussitôt réveillée (9h15 ce matin) dans l'idée d'avoir plus de temps pour faire plus de choses. Mais, une heure plus tard, j'ai le ventre toujours vide, mes pieds sont gelés mais je suis trop lâche pour aller faire du feu, j'ai même pas fait le minuscule effort de préparer du café, j'aurais encore deux cadeaux à emballer, mais je n'ai pas de boîtes de la bonne grandeur et ça me tente pas du tout d'en fabriquer en ce moment. Il fait -7°C, température idéale pour le ski de fond, j'ai pensé appeler maman pour lui proposer une randonnée, mais à bien y penser, ça ne me tente pas. Hier c'était dégueulasse, il faisait trop chaud, trop chaud pour moi qui transpirais à grosses gouttes et trop chaud pour nos skis qui collaient à la neige.
Il sufirait peut-être seulement de faire quelque chose pour trouver l'envie de continuer à faire autre chose...
Déjeuner, ça serait bien.
Non, allumer la fournaise d'abord. Le froid ça paralyse.
Mais y'a tout de même ce petit mal de tête persistant qui...
Bah, j'irai faire une sieste cet après-midi, en revenant de notre partie de hockey. Après cinq ans sans patiner, ça risque de me fatiguer!

22 décembre 2005

Rajeunir

Quel bonheur d'être à nouveau ici, chez soi, le vrai, là où rien ne bloque la vue sur le soleil qui se lève ou se couche. La première chose à faire en se levant le matin, c'est allumer la fournaise parce qu'on gèle dans la maison même si la dernière bûche a été mise à 2 heures du matin. Autant ça m'écoeurait y'a quelques années, autant j'en profite aujourd'hui. Je ne la laisse plus s'éteindre, j'y mets une bûche à la fois, pour y retourner plus souvent.

En faisant le voyage jusqu'ici, je me demandais quand viendrait le moment où je ne me sentirais plus chez moi à l'endroit où j'ai toujours vécu.
J'imagine que ça viendra, inévitablement, mais j'ai tellement pas hâte.

Chateaugué s'adapte bien, elle se sent chez elle partout, elle! Mon père se plaint un peu d'avoir le nez bouché, mais il la trouve trop cute pour refuser qu'on l'amène avec nous. Et chez ma mère, bien, sa mère à elle l'a reconnue, elle lui fait sa toilette, et Chateaugué "s'épanouit" comme dit René. Il passait son temps à expliquer ses problèmes de comportement par le fait qu'on l'avait retirée de sa mère trop jeune.

*

Le téléphone m'a interrompue. C'était grand-mère, et comme ça sans la voir, juste dans mes oreilles, ça sonnait comme si elle était plus jeune, plus en forme, même si j'avais besoin de parler très fort et qu'encore là, je ne suis pas certaine qu'elle comprenait. Je lui ai rappelé le nom de ma soeur, puis celui des enfants de Martine.
"- J'vais te donne un indice, les deux commencent par M.
-My... Myriam. Et l'autre..."
Elle trouvait pas, et je me suis sentie cheap de lui donner des trucs comme à l'école pour se rappeler des réponses, comme si à 86 ans ça pouvait vraiment changer quelque chose, alors je lui ai dit, Maxime.

"-Ça rajeunit pas...
- Ah mais grand-mère, y'a personne qui rajeunit.
- C'est pas drôle, perdre ses esprits d'même.
- Ouin mais c'est juste des noms, au moins tu t'rappelles encore de leur visage."

Je me suis sentie mal tout à coup de n'avoir rien à lui dire et de n'avoir jamais rien à lui dire de peur qu'elle ne comprenne pas, alors je lui ai demandé si elle voulait parler à mon père.
Je ne me rappelle pas qu'elle ait déjà oublié mon nom, mon père a dit l'autre jour que j'étais sa préférée, mais ça a rien à voir à mon avis. Je suis juste la p'tite malade de la famille. Quand on se voit, elle me serre peut-être plus longtemps que les autres, mais c'est parce qu'à moi, elle doit demander comment ça va la santé. Chaque fois je lui dis que ça va très bien, et elle ne semble pas me croire, elle pince un peu les lèves et lâche ce petit soupire désolé, toujours le même.

16 décembre 2005

Toute seule?

Dommage que je ne sache pas me saouler toute seule. J'en profiterais tellement, là là.

Enfin... Dommage... Ça signifie peut-être seulement que je n'ai pas hérité de ces gênes alcooliques...


Três dias que eu não pratiquei, não sei porque, e nenhuma desculpa válida, mas eu lamento. Eu conheço por coração (peut-être que l'expression existe pas en portugais... je sais pas) meu caderno e eu tenho necessidade de escrever novas palavras e verbos. Mas, faz muito tempo que eu não recebi lição. Talvez que eu não posso aprender única? A falar pelo menos...


Au moins le ménage est fait. Manque plus que René ramasse ce que j'ai laissé traîner par exprès. Pas que j'aurais pas pu le faire en même temps que tout le reste, ni que je ne puisse pas le faire maintenant, alors qu'il rédige en retard son travail. C'est pas ça... Je sais pas. Peut-être juste pour dire que j'ai pas tout fait toute seule...


Au fait, quand on dit tout seul au lieu de seul, ça change quoi à la perception?

15 décembre 2005

Balais

C'est fini! C'en est fini de cette session. C'est con, ça m'excite à peine. Il reste plus chiant encore qu'un examen à faire: le ménage. Ramasser tout ce qu'on laisse traîner depuis deux semaines parce que René s'en fout et que moi j'ai aucune envie d'investir du temps là dedans quand je passe la journée à faire des travaux. C'est vrai qu'à part ses bas par terre, ses chemises sur le divan et ses recueils de textes quatre fois épais comme les miens, René salit pas trop trop...

-Y faut faire quelque chose pour régler ça. C'est juste 30 secondes à la fois, au lieu d'une heure au deux semaines.
J'lui dis souvent ça. Mais dans le fond, ça sert à rien de lui mettre ça sur le dos. Pratiquement tout ce qui traîne m'appartient.

On a pratiquement plus de vêtement à se mettre.

Le plus difficile c'est de commencer... Il faut le faire, il faut le faire, il faut le faire. Sinon ça va être trop déprimant de revenir ici après le congé des fêtes!
René a tellement niaisé pour faire ses travaux qu'il doit en remettre un de 15 pages demain, qu'il n'a pas commencé, et en plus, il travaille demain.
C'est moi qui va être pognée pour passer le balais!
Le balais c'est ça le pire.
J'ai toujours détesté ça et je détesterai toujours ça.

D'abord, je vais donner à boire aux plantes. Ensuite on verra.

12 décembre 2005

Unidimensionnalité

Ça existe ça? (Pas le mot, je l'ai pas trouvé dans le dictionnaire, mais le concept)
Comment c'est possible?
Ou bien c'est mon esprit qui est trop étroit... Je saisis pas.
J'ai beau chercher, je connais rien d'unidimensionnel.
Ou bien je sais pas chercher... Mais c'est surtout que je sais pas à quoi ressemble ce que je cherche. Pas facile dans ce temps là.


René está brabo. E eu esto triste. Eu não queria quebrar seu computador...

09 décembre 2005

Orgulho

É o tempo de escrever um mensagem completamente em português? Eu não pensava que eu ia fazer isto tão rapidamente, eu estou tão orgulhosa! Orgulho é um palavra que assemelha "à orgueil" em frances, mas isto quer dizer "fière".
Minha mãe vai estar orgulhosa também! Ela sempre disse que eu aprendo muito rapidamente as línguas. Mas não suficientemente para mim...

Eu desejo tanto de ir no Brazil com René. Vir tudo que ele descreve, provar à churrascaria. Isto será minha segunda viagem fora de Canada, minha primeira para o Sul. Eu espero continuar de aprender português com tanto entusiasmo até à nossa partida! Depois também!

Eu tenho meu caderno desde nove dias e agora, sei conjugar ums trentas verbos. É fabuloso!
É muito longo para mim de escrever um tão pequeno mensagem, porque eu tenho necessidade de meu caderno e de um dicionário.

Me desculpe ainda para os numerosos erros que eu tenho provavelmente feito.
Muito obrigada meu amor de me ensinar tua língua materna.

Volume

Il faut écrire, surtout ce qu'on risque le plus d'oublier.

Je ne sais pas si c'est ma perception de fille qui sortait de son dernier cours du vendredi de la session qui était erronée, mais c'est pas croyable comme j'ai rencontré des gens aimables. Sept, un par un, et à chaque fois la personne était plus aimable que la précédente.

Quelle belle journée de gros flocons légers!

D'abord il y a eu la madame à l'accueil de la bibliothèque. Elle ne pouvait pas répondre à ma question, me l'a avoué gentiment et m'a conseillé l'aide à l'usager à l'étage au dessus. Le monsieur connaissait pas la réponse non plus, mais il m'a dit qu'à la Coop et au Parchemin, ils sauraient peut-être. Alors marche marche, j'ai posé ma question à la petite caissière et au grand gars géant (un triple G) qui l'aidait à je ne sais trop quoi. La fille a regardé dans les airs en pitonnant sa caisse enregistreuse pendant que le grand gars se frottait le menton, non la bouche, tous le bas du visage je crois. Ils n'avaient pas la réponse. Peut-être à Québec, sur la rue Saint-Jean, mais rien de plus. Et alors, la madame au cheveux gris frisés qui venait de payer et allait partir avec son sac de plastique plein de livres m'a dit avec son charmant accent français:
- Tu es étudiante ici?
- Oui.
- Sur Sainte-Catherine, au coin Sanguinet Sainte-Catherine, y'a une petit librairie de livres de seconde main du nom de Volume, et les gars là-bas, je te le dis, ils ont dû travailler dans toutes les librairies. Peut-être qu'ils pourraient t'aider à trouver ce que tu cherches.

Ses yeux étaient gris à la madame.

Au comptoir à l'entrée il y avait un jeune homme, et je me suis bien dit qu'à son âge, il avait certainement pas fait toutes les librairies de la ville, mais je lui ai quand même rapporté ce qu'on m'avait dit à leur sujet.
Il m'a regardé un peu bête.
- Moi précisément ou...?
- Ben, vous en général...
Malaise. J'aurais dû me taire. Mais il a ri, je lui ai posé ma question (qui devenait franchement une question à 100 piasses), il n'avait pas la réponse, mais il m'a pointé un gars au fond de la boutique qui me regardait déjà avec un sourire en coin, comme figé entre deux mouvements, attendant la suite.
- Celui avec le livre dans les mains qui nous regarde là.

Marche marche au fond de la boutique jusqu'au p'tit noir (c'est ça, quelqu'un qui a les yeux et les cheveux noirs et qui est plus petit que moi? C'est que là y'a tellement de monde dans cette histoire-là, je sais plus comment les appeler). Repose la question. Ça allait pas bien, il a commencé par dire "ish..." et à se pincer les lèvres. Il a reformulé ma question, réfléchi tout haut, pendant que je ouisais - faisais oui de la tête. Il m'a parlé d'une libraire espagnole sur St-Laurent, mais je n'aurais probablement pas de littérature en portugais là bas. Puis, derrière son comptoir, quelques clic de souris, un coup de fil. Je regardais quels cd de Pink Floyd il y avait pendant ce temps, et à un moment donné j'ai eu l'impression qu'il parlait au téléphone pour autre chose que ma question, et qu'il espérait que je parte, et que j'avais sûrement l'air stupide à l'attendre encore, j'osais plus le regarder du tout.
- ... J'ai une personne ici qui cherche...
Puis non, il ne m'avait pas abandonnée.

Ma recherche est sans issue, je ne trouverai pas ça à Montréal.
Il a regardé vite vite avec moi sur Internet, peut-être qu'il y aurait de l'espoir par là... Mais j'avais déjà pris beaucoup de son temps, je vérifierais tout ça chez moi. Je l'ai remercié, mais il avait l'air encore plus content que moi de m'avoir aidé, ou d'avoir essayé de son mieux.



Puis je suis allée chez Omer DeSerres, juste à côté. La fille à l'entrée sans sourire m'a dit un bonjour presque enthousiaste qui ressemblait plus à "viens que j'te vende des affaires dont t'auras pas besoin!", le monsieur qui m'a donné mes papiers buvards avait une face de boeuf, j'ai foncé dans une maigrichonne bête qui m'a presque envoyé chier et le monsieur à la caisse a lâché un gros soupir volontaire quand je cherchais mon porte-monnaie dans le fond de mon sac et que je le trouvais pas.
Non mais.
Une chance que j'ai appuyé sur corr. et recommencé au lieu de OK, il m'aurait ben craché dessus pour m'être trompée de NIP!

Ça a falli me faire oublier toutes ces belles personnes que j'avais rencontrées juste avant.
Une chance que j'ai de la mémoire.

07 décembre 2005

api a gringa

Eu quero aprender tellement mais vite que isto encore! Je comprends de plus en plus, mas j'ai hâte d'arriver à falar um pouco, à avoir une minie conversation. Là, traduire quelques phrases, e réciter meus verbos, isto é le mieux que je puisse fazer. Eu tenho l'impression d'apprendre une tonne (muito) de vocabulário à la fois, et quando vem le temps de formuler une idée, je n'ai sempre pas assez de palavras.

Au moins, on viendra pas me dizer que eu não tehno la volonté d'apprendre!

Me desculpe para
les possibles et fort probables erreurs de syntaxe.

05 décembre 2005

Só contigo por favor

Meu paì quer vir no Brasil conosco. Como lhe dizer não?

03 décembre 2005

Conviction

Hier soir, j'ai demandé à ma petite soeur (qui, en réalité, est plus grande que moi) si elle allait voter.

-Bah ouais!
La connaissant un peu et sachant que c'était simplement impossible, je l'ai niaisé en lui disant:
-Laisse moi deviner.... tu vas voter libéral!
-Euh... ça c'est pour la souveraineté hein? Moi et le langage politique, you know...
-Jo! Tu vas aller voter sans savoir pour quoi tu votes!?
-Je vote pour la souveraineté!!! ... Reste plus rien qu'à savoir c'est quel parti.


J'ai trouvé ça franchement inspirant. Charmant aussi. Ça me fait réfléchir sur le fait que peut-être, c'est comme ça qu'il faut voir les choses: un objectif, tous ses gestes vers ce seul objectif.
Je n'ai jamais voté encore, sous le prétexte que tant qu'à voter sans savoir pourquoi, sans conviction, tant qu'à voter pour le principe de voter, parce que j'ai le droit de vote pendant que d'autres meurent pour l'avoir, tant qu'à voter pour la même chose que René, tant qu'à voter pour les mauvaises raisons, aussi bien pas voter.
Je le pense encore.
Mais peut-être que c'est pas la bonne façon. Avec tous ceux qui votent les yeux fermés, dans le lot je serais sûrement pas la pire. Quoique, agir en se comparant au pire pour se déculpabiliser un peu, c'est pas tellement fidèle à mes principes.

02 décembre 2005

2 décembre


Tout à coup je réalise que nous sommes le 2 décembre, la date où Brioche est morte assassinée par une voiture blanche sale, et par mon appel... Ça doit bien faire 10 ans.

Et tout à coup je me rappelle combien y'avait de la neige ce 2 décembre là! On avait glissé, la grande étoile de Noël était allumée et grand-mère avait pelleté le perron, elle nous gardait ce soir-là. C'était un vendredi, si je me souviens bien. Est-ce que ça fait seulement 7 ans? C'était notre premier Noël avec un seul parent à la fois, et en plus Brioche était morte. Oh oui pis on était allés à la messe de 9 heures. Quelle horreur.

Mon premier ragoût à vie est en train de cuire. En fait, il est presque prêt... J'attends plutôt les patates. Il sera sûrement bon, parce que celui de maman est exquis et que jusqu'à maintenant, tout ce que je fais goûte ce qu'elle fait. En plus ça sent bon.

René s'est quasiment roulé par terre pour pas que j'y mette de carottes.
-Tu les metteras de côté.
C'est ça que j'ai dit. Franchement. Pas mettre de carottes. Il est drôle lui!

01 décembre 2005

L'atelier sans grand A

Je dois poser une réflexion sur l'atelier... Écrire un essai de deux misérables pages. En fait, c'est ce que je faisais tantôt. Je me suis laissée emporter, et je ne crois pas qu'un texte tel que celui-ci fasse l'affaire d'un prof qui s'est presque perdu dans l'étalage des consignes à suivre.

...
"Ma réflexion sur l’atelier.

Mon plus grand malheur, celui qui me fait chanceler lorsque, d’un œil mi-clos j’effectue un tour sur moi-même, et qu’inlassablement ils me regardent (ou pas) le nez en l’air, fiers d’être artistes, de l’être pour vrai, avec une intention, un propos, une méthode. Mon plus grand malheur donc, ou enfin, mon trouble le plus accaparant face à mon identité : le sentiment persistant, quoiqu’incertain, de ne pas l’être. Artiste. De posséder ce petit quelque chose dans les doigts, ce regard perçant, ce sens incorruptible des formes et des couleurs… Et malgré tout, de ne pas l’être. Pour n’avoir rien à dire peut-être, rien à dénoncer.
Avoir l’art dans les mains et dans les yeux plus que dans la tête, est-ce bien cela, être artisan?

Sans savoir ce que je suis et ce que je fais, comment devrais-je aborder l’atelier alors que je ne sais trop quoi en faire, que la définition que je m’en faisais a toujours été celle d’un lieu précis, libre, salissable, imparfait, et que dorénavant un air nous chante que l’atelier est dans la tête. Que c’est l’inspiration, le génie créateur.
Doit-on à ce point chercher à se rendre intéressant? Donner un nouveau sens aux mots pour être au dessus d’eux, tenter d’en dire toujours davantage, utiliser une quarantaine d’expressions alors qu’une seule aurait suffit si elle avait été la bonne? Atelier. Inspiration. Deux mots bien distincts.

Il ne s’agit pas ici de définir l’atelier par ce qu’il n’est pas, mais alors que je voulais exprimer mon ambivalence face à cette mode désirant que l’atelier soit intellectuel, j’ai été soudainement en désaccord.
L’atelier est matériel. Mobile, variable, mais matériel. Que ce soit ce cahier décrépit dans lequel je note la moindre idée, la table de la cuisine sur laquelle j’étends mes pots de peinture, la chambre de couture ou le garage, il suffit que je pose un geste concret menant vers la réalisation de quelque chose (je ne pouvais me résoudre à dire œuvre, comme je n’arrive pas à me désigner artiste) pour être en présence de l’atelier. L’atelier est l’outil presqu’autant que le lieu.
Je suis l’atelier? Non moi je suis la personne qui crée, celle qui pense et qui agit."