30 novembre 2005

Demain, décembre.

Je pitonnais deux travaux (me semble que j'aurais aimé écrire travails pour les dissocier un peu) en même temps. C'était peut-être moins efficace comme ça, mais en tout cas moins lassant. D'un côté y'avait Fortin, de l'autre Aubé. D'un bord le vieux mort (ouin, j'aurais pu me forcer, surtout que vieux est pas tellement un qualificatif à donner à un mort), de l'autre le beau p'tit jeune fringant. D'abord le peintre paysagiste, ensuite le capteur de VLF (Very Low Frequencies... très intéressant.)
J'en ai fini avec Jean-Pierre Aubé. Reste plus qu'à imprimer. Pour une deuxième fois. La première c'était y'a deux semaines... mon travail a reposé sur le bureau de la prof tout le cours, et à la fin je suis allée le reprendre. Ben quoi, il restait deux semaines avant l'échéance. Et puis, j'étais pas trop satisfaite.


J'en suis à la conclusion pour Marc-Aurèle Fortin. Conclusion... en d'autre terme: incidences. Pas facile pour un peintre paysagiste des années 30.


Y'avait un cahier vierge dans mon pupître (ça s'écrit pupitre, mais ça aurait été beau avec un accent circonflexe). Ça doit faire trois ans qu'il est là. C'est fou quand en pense que ce pupitre a déménagé deux fois. En tout cas, maintenant y'a des bribes de mon apprentissage dedans. Ser, estar, amar, ir, ter, falar, querer... Bref, d'un côté les verbes, deux pages chacun avec presque rien dessus encore, et de l'autre côté (à partir de la fin donc) le vocabulaire. Presque vide lui aussi. Deux pages par lettre. Sauf w x y z, évidemment.
Ça m'amuse, j'ai l'impression de faire des devoirs quand j'écris là dedans, de réviser mes leçons comme quand j'étais pas trop vieille pour le faire. Manque seulement maman qui fait du dessert dans la cuisine, juste à côté, avec le bruit infernal du malaxeur et Rhapsody qui tente de l'enterrer un peu.


Demain, décembre. Je lâcherais bien un petit cri, mais je saurais pas trop ce qu'il exprimerait. La panique pour tout ce qu'il y a à faire d'ici le 15, et la joie... joie de ce qu'il y aura après le 15, joie de Noël, joie de l'hiver, joie de la neige, joie du ski, joie du snow, joie du froid, joie joie joie!

28 novembre 2005

Leçons

Ça y est, on s'est enfin décidé à me bilinguiliser, presque trilinguiliser parce que mon anglais n'est pas si mal. Beau verbe! Depuis un an que je lui demande de devenir mon professeur. Puis, y'a quelques jours, il a simplement suffit que je parle de s'envoler quelques semaines pour recevoir ma leçon de portugais par jour.

On fait tout à l'oral, je sais pas encore si c'est avantageux ou non. Je n'ai pas à me casser la tête pour apprendre l'oral et l'écrit à la fois, mais je crois retenir moins bien les leçons que si je les écrivais. J'ai toujours étudié en écrivant, sinon je retiens difficilement.


...
J'ai voulu transcrire au moins une leçon de portugais, mais je cherche tellement à savoir comment s'écrivent les mots que je préfère laisser tomber. J'y reviendrai lorsque René m'aura appris.


En attendant, vaudrait mieux que j'aille écrire ma capsule sur une oeuvre de Marc-Aurèle Fortin (Automne à Sainte-Rose). Ma dernière portait sur Francis Bacon (Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion). Quand on me posait la question, suivi de "tu aimes ce qu'il fait?" comme pour poursuivre la conversation alors que la réponse semblait plutôt évidente, je répondais "non, pas vraiment". C'était pas pour me rendre intéressante. Mais il me semble beaucoup plus utile de faire un travail sur un artiste que l'on ne connait pas trop, et pour lequel on n'a pas d'affection particulière. J'ai un peu la même distance envers l'oeuvre de Marc-Aurèle Fortin... Quoique celui-ci a d'intéressant qu'il était québécois et en plus, diabétique.

C'est troublant. Il est mort en 1970, 50 ans après la découverte de l'insuline par Banting, aveugle et amputé de ses deux jambes à cause des complications qu'a entraîné sa maladie mal contrôlée. Et moi, 35 ans plus tard, je pitonne ma pompe à insuline après chaque repas, fais pas loin d'une dizaine de tests de glycémie par jour. Je mourrai très probablement myope, mais certainement pas aveugle, et j'aurai mes deux jambes.
On dirait que j'accuse Fortin (quoique c'est vrai qu'il a toujours refusé de se soigner comme du monde), mais ce que je voulais dire par "c'est troublant", c'est que la science a connu un progrès phénoménal...

21 novembre 2005

Vivre plus que ça

Plus le temps avance (toujours plus vite on dirait), plus ma conscience grandit, et plus je me sens envahie d'insatisfaction, de déception face à moi-même, face à mon incapacité (ou à mon manque de volonté) à vivre plus que ça.


René vient de se lever. Comment terminer mon message maintenant qu'il risque de me lire à tout moment (je déteste ça, montrer de l'inachevé), et qu'il sait que j'écris, et donc qu'il ira lire dès que j'aurai terminé? Comment terminer mon message maintenant qu'il éduque Chateaugué juste à côté de moi, et qu'il m'enfonce ses ongles d'orteils dans la cuisse sitôt qu'il s'emporte un peu?

...
Il s'est mis à bougonner dans la cuisine, un vacarme d'ustensiles renversés dans le lavabo, le jet d'eau à profusion. Comment voulait-il que je ne lui demande pas ce qu'il faisait? Il voulait même pas m'embrasser.
"- Demande moi pas ce que je fais...
- Oui mais dis moi le pis j'te le demanderai pus.
- Laisse-moi réparer ma gaffe."
Je l'ai laissé faire, en ricanant un peu. Puis je l'ai suivi jusque dans la chambre.
"- Tu m'as donné ton mal de gorge!
- Mais mon amour, tu le sais que j'aurais préféré pas te le donner."
Il s'est mouché.
"- Je suis pas fâché... Mais je veux du jus d'oraaaannge...!"

Qu'il est beau! Dommage que l'intonation ne soit pas transmissible.
Pauv' tite bête, comme mon père aurait dit.


Et puis cette vie incomplète, ou non, plutôt pas assez vécue, qu'est-ce qu'il faut en faire? Il me semble que je n'en fais jamais assez à mon goût; je me sens débordante de potentiel, mais je m'assois dessus, et ça me déçoit. Y'a comme une espèce de paradoxe là dedans. D'un côté mes résultats scolaires trop faibles à mon goût, mes lectures et mes travaux; le lit défait, les vêtements qui traînent, la vaisselle sale... Toutes ces tâches qu'il faut accomplir et dont je n'ai aucune envie, mais que je finirai toujours par faire, et par recommencer à l'infini. De l'autre côté, mon ambition à installer des tablettes à côté de la cuisine, à réparer la porte du garde-robe, à poser des poignées à la commode, à fabriquer une patère, et en plus, à écrire, peindre, dessiner... Toutes ces activités valorisantes que je ne ferai pas, soit par manque de ressource (outil, matériaux, espace, aide), soit par manque de conviction, ou de confiance, ou d'estime envers mon aptitude à réaliser tout ça.
Mais il y a plus. Quand je pense à l'avenir je capote. Je veux grand, non, grandiose! Puis, je me sens impuissante. Comment parvenir à du grandiose avec de pauvres et minables études en arts, si universitaires soient-elles?
Qu'est-ce que je dis là?
Une autre contradiction...
Je veux à la fois du grandiose, à la fois de l'ordinaire. En fait, y'a la vie familliale, avec des animaux (chien, poules, coqs, cochon, mouton...), un garage et des outils pour bricoler, un grand jardin et des légumes, une forêt, un champ, un atelier de couture... La vie que m'ont offert mes parents, finalement. Moins le divorce. Le problème de cette avenue: il me faudra un emploi. Le réel problème est plutôt que je doive penser immédiatement à l'emploi que j'aimerais avoir à ce moment-là.
Et y'a aussi l'aventure, le voyage. L'audace. Cette partie-là je la garde plus pour moi, comme si je n'y croyais pas vraiment, et comment parler de ce en quoi on ne croit pas?
Quand j'entends parler de ce couple improvisé et devenu berger (http://www.livejournal.com/users/mathyas/), eh bien, sûrement comme d'autres, ça me fait baver d'envie. Et presque peu importe l'histoire entendue, tant qu'elle est moindrement originale et/ou inaccessible, elle me fait envie.

Casser la routine, ça fait peur. Comment on laisse la famille, les études, l'appartement, le Québec?

Je ne me sens pas accomplie... J'ai envie de vivre plus que ça, mais je ne sais pas trop comment, ou bien je me fais croire que je ne le sais pas, parce que j'ai trop la chienne.

20 novembre 2005

Cinquième

Il vient tout juste de sortir chercher son souper préféré du dimanche, le paresseux, moi je suis trop morveuse pour le convaincre de cuisiner un bon petit repas avec moi. À côté de la porte, sur le balcon: un sac de plastique.
"Oh! T'as fait le ménage de la litière de Chateaugué!"
D'habitude c'est toujours lui qui fait ça. Ça a été mon seul effort de la journée (mis à part celui de m'irriter le nez), et je crois avoir compris pourquoi il le fait aussi souvent.
Chateaugué se plante entre le bras qui tient la pelle et le bras qui tient le sac, et elle regarde avec grande attention, sans se lancer sur le mouvement avec ses griffes et ses dents comme elle le fait tout le temps dès qu'on bouge un petit peu!
C'est, je dois dire, assez adorable.
Je recommencerai peut-être.

Fido

Que c'est ça?
Les créateurs des pubs de Fido prennent vraiment les consommateurs pour des caves? Ou bien ils sont trop bêtes pour voir que leurs pubs nous offrent un deuxième message, pas tellement favorable à la hausse de leur chiffre de vente?

Dans le dernier, "Fido rassemble les gens", vous ne voyez pas, vous, la belle gang de moutons?

19 novembre 2005

Virgule

Une quinzaine de fois par journée, je réfléchis en mots, en phrases complètes un peu comme si je conversais dans ma tête, sauf que je "dis" tout haut les virgules. Pas les points. C'est pas volontaire du tout, ça arrive comme ça, quand les images-pensées prennent une pause et que les pensées-mots prennent le relais.
Ça doit coïncider avec mes envies d'écrire (que j'ai connu plus nombreuses).
En ce moment je me force.
Des fois en écrivant, l'envie se pointe tout à coup, l'envie de continuer du moins. Mais pas là.
J'ai rien à extérioriser.
Sauf peut-être que maman me manque. J'ai peur qu'elle meure. Tout le temps peur.
Y'a une fille dans mon cours qui, pour un projet, a pris des photos avec une caméra obscura de photos de sa mère qui est morte. À part de ses cernes, elle a l'air parfaitement normale, équilibrée.
Comment elle y arrive? Peut-être qu'elle a perdu sa mère à un âge où on ne comprends pas et qu'aujourd'hui elle ne se souvient pas.
Et comment maman fait quand elle parle à grand-mère pour ne pas la voir vieille, pour ne pas sentir que...
Ça fait dix minutes que je cherche comment finir ma phrase, comment formuler.
Ça ne me tente plus.

15 novembre 2005

Deuxième

Sans attendre, j'ai révélé mon élan à René, hier soir.
Je pense que ça l'a plus énervé que moi, et il a tout fait pour que je ne change pas d'idée.
L'image de fond, les couleurs, l'écriture, tout vient de lui en réalité, ou enfin, il a tout réalisé ce que j'avais plus ou moins clairement en tête. Son emportement l'a amené jusqu'à effacer la configuration de son propre blog, involontairement bien sûr.
C'était horrible. Lui désespéré, et moi désolée.
Après tout, sans être de ma faute, c'était tout de même à cause de moi.
Comment est-ce que je suis supposée faire maintenant pour mettre ce blog de côté, ignorer l'attraction qu'il produit sur moi par refus d'être lue, par manque de raisons d'écrire?
Il est brillant!
C'était tout calculé.
D'ailleurs j'ai eu un peu peur quand il s'est empressé de photographier mon tableau, quand il a décidé de tout prendre en main.
Une toute petite insécurité dont j'avais envie, mais qui me fait regetter aujourd'hui, un tout petit peu. Me voilà obligée d'écrire.
Mon nom s'est même retrouvé, dans l'heure suivante, parmi la liste de liens(assez longue je dois dire) vers tous ces blogs, sur son blog à lui.
Mais là c'était trop pour moi...
Ce matin il l'a retiré.
Je me sens pas à la hauteur, et pour tout dire, je ne suis pas convaincue de vouloir faire partie de cet espèce de copinage clos créé par l'univers du blog. "Je te mets dans mes liens, met-moi dans les tiens." Bien sûr tout ça est implicite (du moins, je crois?), mais ça me répugne tout de même. Cette idée que l'on doive faire partie d'un clan pour risquer d'être lu. C'est peut-être l'unique moyen de l'être, finalement...?
Ça me fait penser au monde artistique... Viens à mes expositions, j'irai aux tiennes, apporte tes amis (qui sont aussi les miens) et comme ça vous pourrez avoir de belles discussions de salon devant mes oeuvres qui n'auront sur vous pas grand effet. En bout de ligne, on sera toujours les mêmes devant un travail toujours semblable, qu'il vienne de moi ou d'un autre.

14 novembre 2005

Même pas

Mais qu'est-ce que j'ai fait!?
Tout effacé. Plus rien.
Y'a parfois de drôles (pas si drôles quand on y pense) de rages qui me prennent. Subitement.
Faudrait me méfier... Je sais.

Mais... tsé! Après une relecture, j'ai été gênée (honteuse est un trop gros mot).
Un peu paniquée.
...
Je maintiens tout de même ma position: je n'ai rien à écrire à personne, et aucune envie d'être lue. Du moins, aucune envie que l'on lise ce que deux ans plus tôt j'écrivais.



Mais finalement, en plus d'impulsive, j'ai été stupide.
Pourquoi j'ai rien sauvegardé!?
Pas pour vous... Non. Rien que pour moi.

Même pas.



Ne prenez surtout pas cette soudaine réapparition comme une confirmation de mon retour. Et si c'était le cas, ça ne durera pas. Vaudrait mieux rester chez vous.

Et puis... Qui est donc ce vous?
À ce que je sache, on ne me lisait pas. Pas vraiment en tout cas... On ne me l'a jamais dit. Jamais commenté.
"-Mais y'avait pas de section commentaires, madame.
-C'est vrai, mais ça change rien."

De toute façon, ce blog est laid.
Faudrait le changer.
Mais qui me lira alors, si les quelques individus qui se sont aperçu que tout avait disparu ne savent pas que je suis ailleurs?
En même temps, j'ai un rêve un peu flou d'un auditoire (ça se dit, pour l'écriture?) totalement inconnu, mais intéressé.
Si ça existe...

Faudra tout de même que j'en parle à René.
Il me le pardonnerait pas sinon!
Déjà que, le jour où il viendra, par hasard, faire un détour qu'il pensera inutile par ici, il trouvera ce message dont je ne lui aurai jamais parlé, et il sera déçu.
"Pourquoi api!?"
Je l'entends très bien.
D'ailleurs il me dira que c'est très bien.
Et je le croirai, sauf au moment de me relire.


Ce qui me manque, c'est peut-être seulement mon journal intime que je tenais il y a dix ans (seigneur, je suis vieille!)
Personne ne lisait. Que lui, et qu'une seconde partie de moi, comme un double qui se prenait pour ma confidente.